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abdiquer

quand je dis : restaurer ce que les années ont sclérosé (dans brèche, billet du 25), je ne parle pas du corps, non, je cherche plutôt à contrer mon défaitisme, ma propension au sabotage, j’aimerais parvenir à une candeur critique, si ce n’est pas un oxymore, et s’il n’est pas trop tard

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opinion

nous formons une collectivité davantage pressée d’éprouver que d’apprendre, de commenter que de savoir

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pression


à l’occasion du 8e anniversaire de son fils, un père lui déclare : tu es mon rempart contre le monde, il le met là dans une position intenable, lui donne une responsabilité écrasante

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brèche


je me demande s’il est possible d’accueillir le présent autrement, de retrouver à mon âge un peu de la ferveur et de l’émerveillement de la jeunesse, de restaurer ce que les années ont sclérosé

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magasin

l’assistante-gérante est décédée subitement, au milieu de la cinquantaine, ses collègues ont dressé près de la caisse une sorte d’autel à sa mémoire, avec un agrandissement de photo, des lampions, un bouquet, des piles de signets en couleur et glacés, à l’intention des clients, où on peut lire une pensée réconfortante, c’est touchant et inusité

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nuit


il y a littérature si notre part sombre affleure, je ne parle pas de la barbarie tapie en nous, mais de la mélancolie essentielle, la douleur de perdre ce dont on jouit, du deuil

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programmation


si je dis : mes demandes de bourse ne seront pas acceptées parce que je boude le milieu qui en décide, et ne bénéficie d’aucun appui, est-ce que je fais preuve de réalisme ou m’enfonce dans une logique d’échec ?

si je dis : je vais mourir seul dans ma maison, est-ce un calcul lucide de probabilités ou de l’autosuggestion ?

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objection

avons pressant besoin d’écoute, de consensus, d’une autorité de partage, de bienveillance

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cire


un jour, je ne serai plus à cette adresse, de nouveaux propriétaires abattront les murs pour rénover de fond en comble, une famille s’installera, petit à petit, les voisins oublieront ce vieux monsieur excentrique qui ramassait les papiers gras l’été et déneigeait son trottoir l’hiver, un jour, mes meubles moisiront au sous-sol d’un neveu, au grenier d’une cousine, qui vont se résoudre à s’en débarrasser, parce que trop encombrants, à les vendre, donner, jeter aux ordures parce que trop usés, un jour, mes livres disparaîtront des rayons des bibliothèques, les exemplaires défraîchis, déchirés, volés, ne seront pas remplacés, un jour, il ne restera aucune trace visible de mon passage sur cette planète, toutes les portes se fermeront derrière moi, et la vie ici continuera

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carrefour

sortir de l’incapacité (matérielle ou imaginaire) de faire et de vouloir, agir enfin sur soi et sur le monde, dans la juste mesure de ses moyens, parvenir au point d’équilibre du possible et du désir

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ex


toi ici moi là-bas
proches comme jamais
tu lis mon journal
je reçois des gouttes de toi
calme nouveau
les miettes des fois
meilleures que la mie

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raccourci


je referme à l’instant un recueil (collectif) de nouvelles, ce qui me sidère, c’est le poids formidable des stéréotypes, souvent empruntés à la télé et au cinéma, sur les sorcières, par exemple, les esclaves, ou les patrons d’entreprise, dans la narration, ces clichés prévalent, sans que l’expérience et l’imagination ne les nuancent

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attardé


je ne me suis mesuré à rien ni personne, jamais mis à l’épreuve, jamais initié, un vieil ado, en somme, capricieux, tapageur

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ouf


un ami retraité se désole de la vanité de son existence, on dirait qu’il vient juste de s’en rendre compte, parle d’échec, de transmission avortée, d’absences de sens, non, constater notre insignifiance, c’est plutôt un soulagement

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viande

l’écriture ne fait que traduire l’expérience du corps

la vue, la salive, la caresse, la digestion, la peur, le vent sur la peau, la charité des bêtes, l’intimité, la présence de l’autre, des pans de ciel écroulés, la musique jaillissante, la soif, la drogue, l’émoi, l’accélération du pouls, le souffle court, le bâillement, l’étirement, il n’y a que des besoins, sensations, perceptions, le soleil, le vol des abeilles, le sperme et le sel, la violence des parfums, l’élégance des oies, la vase sous les pieds, la mousse, les algues, le texte procède de l’organique, infailliblement

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silence

dans le vivant, le silence n’advient jamais, même sous l’eau, ou dans une chambre blanche, il y a du son, la pulsation de votre cœur, au plus profond de la nuit, et de la forêt, c’est une extravagance de craquements, d’appels, de cris, d’animaux traqués, pas furtifs, bonds, travail patient d’insectes, vol de chauve-souris, dans les parterres grondent des vers, au bord de la mer, les goélands, vagues, le suintement du vent

le seul silence possible, c’est celui de la psyché, du refoulement, celui de notre esprit, de la langue, le choix de ne pas dire, de peur de blesser, celui du secret, de la machination, celui de l’hypocrisie, du calcul, le silence arrive avec la honte

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cacophonie


il y a plus d’auteurs que de lecteurs, plus de commentateurs que d’acteurs, tant de voix, tant de paroles, et de rumeurs, souvent la tentation de me taire, me soustraire

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déteindre


à force d’assister à des funérailles, je constate qu’elles finissent toujours par ressembler à celui ou celle qu’on salue, assommantes ou ludiques, empesées ou chaleureuses, sobres ou prétentieuses, elles sont à son image

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déplacé

dans un échange sur les réseaux sociaux, une romancière et un critique se complimentent, s’encensent, rivalisent de bassesse et de servilité, c’est obscène

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suave


à la radio, 2 esthètes s’extasient sur les exquises splendeurs vénitiennes

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redite

me revoici
phalanges pétées
crayon dans la bouche
à dévider le fil
embrouillé est-ce la fin
ma fatigue pend jusqu’à terre
je vois
la solitude immense
l’enfer du froid
je n’ai plus de peau
qui remarquera

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