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tiroir-caisse

cocktail dans un espace de coworking, je me dirige vers le buffet, circule entre des grappes d’invités, cueille des mots au passage : expérience usager, partenariat, développement des affaires, acquisition de clientèle, stratégie numérique, croissance des bénéfices, ils y croient, c’est vraiment leur vie

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plouf

l’avenir n’est que pointillé
maisons brûlées
rendez-vous ratés
autour du bassin
des vieillards penchés
que captive le reflet de leur déclin

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idéologie


en s’engouffrant dans la station de métro, l’usager moyen attrape un exemplaire du journal qu’on lui tend, il est gratuit parce que des annonceurs le financent de a à z, au fond, ce n’est qu’un cahier de publicité, agrémenté de bribes d’information, d’un horoscope et d’un mot mystère

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2016


le roman raconte la vie sentimentale d’une jeune femme, quand la tension s’installe dans son couple, elle se tourne vers son ami et confident, guess what, il est gai, une caricature : grivois, porté sur l’alcool, obsédé sexuel, ça vient de paraître, et ce n’est pas une réédition

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dressage

mon dieu que ça doit être désagréable d’être un chien quand ton maître t’ordonne avec insistance de t’asseoir à l’intersection, et que le trottoir est tout froid, enneigé

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ductile


en vieillissant, je m’étonne, non pas de ma flexibilité, le mot serait excessif, mais d’un reste de malléabilité, celle de l’argile pas tout à fait sèche, on peut intervenir, rien ne me condamne à répéter ce qui a été

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panneau

l’auteure, qui ressasse ses souvenirs des années 70, décrit une soirée entre ados dans un sous-sol aménagé dont les murs sont couverts de plywood, elle veut évidemment parler de préfini, l’équipe d’édition ne bricole guère, puisque personne ne relève l’erreur

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tardif

j’ai toujours été perfectionniste, méticuleux, pointilleux, j’apprends maintenant à vivre avec mes erreurs, non pas seulement à les tolérer comme accidents inévitables, mais aussi à les accueillir, leur trouver de l’intérêt, leur accorder une valeur, mûrir, à mon âge !

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machines

des appareils soufflent les feuilles, d’autres les aspirent dans un sac, également bruyants, aucune poésie

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sagesse


un père à sa petite fille qui se plaint d’une démangeaison : la vie, ça pique en général

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27


un vieil homme qui se déplace à l’aide d’une canne ramasse les mégots abandonnés à regret aux arrêts du bus

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fiel

projet d’édition : avez-vous conservé des lettres que vous auriez écrites sous le coup de la colère, ou de la frustration, sans avoir l’intention de les envoyer à leur destinataire, conjoint, ami, patron, voisin, grands dieux non, mais seulement pour évacuer un trop-plein, vous soulager ? ne serait-il pas intéressant d’en réunir des liasses et de les publier ?

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destination


à un randonneur sur la montagne : excusez-moi, quel est le meilleur chemin pour me rendre au cimetière, à part l’infarctus, évidemment ?

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source


je ne regrette pas les années où j’ai bu ni les erreurs ni le temps qui semble perdu, c’est de là que je viens, ce qui me constitue

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régner

dans notre volonté de maîtrise de la matière et du vivant, nous dominons nos pelouses, nos chiens, nos enfants, il y a une formidable prétention à l’éternité

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il était une fois

les grands récits, les contes, les fables sont écrits au passé, enfermés dans les prisons de l’imparfait (quel joli mot), derrière des grilles épaisses, des cloisons étanches, révolus, ils ne font peser aucune menace, et ne peuvent nous atteindre autrement que dans l’effort que nous fournissons nous-même pour nous porter à leur rencontre, et les actualiser, ce qui blesse en littérature, c’est l’épine du présent

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