contact

énoncer


le père à sa fille en pleurs : qu’est-ce qui s’est passé ? dis-le-moi avec des mots, si tu peux me demander de la crème glacée, tu es capable aussi de parler de tes émotions…

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lundi

tandis que d’autres se hâtent pour attraper l’express, je descends dans le jardin, enlever les pivoines, les roses fanées

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haine


il n’y a d’autre voie que le métissage, mêlons nos sangs, multiplions les croisements, les combinaisons, rendons toute cible floue

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effriter

l’érosion de la certitude
à la fin il ne reste qu’une arête
on ne sait plus si elle indique le nord ou le sud
de toute manière ils ont perdu nos bagages
y a-t-il un cimetière de valises
je m’entraîne au renoncement
avec succès parfois

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hors-jeu

c’est toujours pareil, l’été, il y a de jolis garçons partout, dans la rue, les parcs, aux terrasses, sur les balcons, ils portent si peu de vêtements, et se montrent si nonchalants, j’essaie de savoir ce qu’ils m’inspirent, ce que j’éprouve exactement, du désir, de l’envie, des regrets, de la nostalgie ? tous ces mots me semblent à la fois appropriés et excessifs, aucun ne me satisfait, ne correspond, mettons que je prends la mesure de ma vieillesse et des fossés qu’elle détermine

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réalité

longtemps, j’ai pensé qu’il fallait trouver des réponses, que c’était le sens même de notre expérience, je n’y suis pas vraiment arrivé, alors, je me suis persuadé qu’il suffisait peut-être de poser des questions, pertinentes, autant que possible, là encore, je me trompais, ça n’a pas d’importance réelle, la vie est d’abord un phénomène physique

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botanique

elle s’arrête, m’observe pendant que je jardine, ce sont des brocolis ? non, madame, des roses trémières

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renseignement


il descend de son pick-up, et me demande de lui indiquer un restaurant normal, qu’est-ce que vous voulez dire ? une place où on peut manger un cheeseburger pour 5 piasses, il n’est pas du quartier

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buzz


on annonce la réimpression, coup sur coup, de 2 très mauvais livres, décidément, je ne comprends rien au métier que j’exerce

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phase


on est là, autour de la table, à discuter, tout y passe, la politique américaine, l’évitement fiscal, la culture du viol, le pipeline, l’agriculture urbaine, à un moment, elle nous tend sa tablette : regardez, j’ai des photos des travaux dans ma cuisine

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saloperie

tout rocker qu’il soit, quand il découvre un tag sur sa façade, il enfile des gants de caoutchouc, s’arme d’une brosse, et maudit la liberté d’expression

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grandes gueules


le bilan des artistes s’apparente trop souvent à celui des politiques : annonces fracassantes, réalisations boiteuses

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poitrine

l’infirmière (me soumettant à un fastidieux questionnaire) : vous avez des implants mammaires ?

moi : ça paraît à ce point-là ?

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paysage


je ne suis pas dans la chambre
quand le vent gonfle le rideau
le soulève par-dessus le lit
ni sur la terrasse
pendant que l’écureuil vandalise l’hibiscus
le jasmin
encore moins à la fenêtre
comme passe le garçon brun
aux épaules nues
de ma table
je ne vois que des veines

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village


un trou dans le caillou
de la brume sur la route
la stridence tombée des branches
de l’ordre de la révélation
c’est la forêt qui s’étire
au loin la mer ses épaves
les messages qu’elle garde pour elle
au creux des bouteilles
j’appelle mes frères
je sais encore me défendre

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