contact

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le roman que je suis en train de lire décrit la crise de la cinquantaine : l’amour ne dure pas, l’engagement non plus, la passion s’émousse, on s’embourgeoise, en rupture avec les idéaux de jeunesse, bientôt, il sera trop tard, on ne pourra plus rattraper le temps perdu, un paquet de rêves resteront en plan, blablabla

ce qui étonne, c’est la belle naïveté de l’auteur, il réagit à cet effondrement comme si rien ni personne ne l’avait prévenu

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conte

l’humain est le seul animal à raconter des histoires, qui visent toutes à le consoler de vivre

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réponds

c’est parce qu’ils n’ont plus de réseau que les ti-vieux vont s’adresser à de parfaits inconnus dans la rue, à la pharmacie, s’immiscer dans des conversations, donner leur avis sur tout et rien, tenter le contact, désespérément

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grappes

elle a perdu sa fille
il y a longtemps
la pleure encore
c’est mai
on lui sait un mal
qui ne guérira pas
elle a un lilas devant sa fenêtre
ne l’ouvre pas

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chair


à ce temps-ci de l’année, où on commence à se dénuder, l’expression exacte serait : le parc est rose pâle de monde

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bras

c’est un jeune poète, en me parlant, il retrousse les manches de son tee-shirt pour me faire admirer ses muscles, attitude de brute

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réminiscence


je ne me fie pas aux souvenirs, ils ne m’intéressent pas, pourtant, en vieillissant, j’ai de plus en plus souvent des images d’autrefois

ce retour en arrière (bien malgré moi) s’explique, le passé offre l’avantage de meubler un présent effiloché, troué, et de faire oublier l’absence d’avenir, il ramène de l’intensité dans une vie qui n’en a guère, il faut y voir, je crois, un réflexe d’ancrage : avec l’âge, le corps nous échappe, il se détache, littéralement, un canot à la dérive, un ballon sans nacelle, c’est assez angoissant, la mémoire crée une illusion de pesanteur

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intersection

l’enfant est juché sur les épaules de son père, comme ils traversent la rue, il lève bien haut sa menotte et ordonne à la voiture qui vient : chtop

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amandes


un grand pommier en fleurs protège le vieil homme et sa femme, qui soupent sur leur balcon, ils ont laissé ouverte la porte derrière eux, dans l’embrasure, un rideau suspendu, ramassé sur le côté à l’aide d’un ruban, ils suivent du regard un petit garçon qui arpente le trottoir en chaussettes, il tient une boîte d’amandes, qu’il croque à belles dents, la montagne est verte

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contemporain

c’est l’histoire d’un troubadour bourgeois (oxymore), qui nous entraîne dans ses incessants déplacements autour de globe, au cours desquels il multiplie les conquêtes sexuelles

le récit regorge de références culturelles, de descriptions qu’on croirait tirées de wikipédia, de personnages sans relief, dont beaucoup s’évanouissent aussi rapidement qu’ils ont surgi

on a droit à une énumération lassante de lieux prétendument mythiques, d’endroits branchés, c’est foisonnant et superficiel, comme une page facebook

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farniente

assis sur le trottoir, adossé contre le réverbère, un jeune sans-abri caresse inlassablement la joue de son chien, dont la tête repose sur ses cuisses, les 2 dans un état de parfaite béatitude

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contrainte


ce matin, je me réveille coincé entre la peur de mourir et la fatigue de vivre

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sac à blagues

pendant que sa femme lui parle, l’homme se penche vers leur fillette dans la poussette : mais oui, ma puce, tu as raison, c’est bien la voiture de papa là-bas, c’est marrant, en effet, la drôlerie même

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politique


à gauche, ça discute, ça publie de longs articles, des thèses, ça convoque des colloques, des états généraux, les chapelles s’invectivent, à droite, on empoche le cash

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couic


sa mère lui disait : si tu te demandes quel chemin prendre, sois attentif aux signes que le ciel t’envoie, ça l’a rendu fou

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lettres

des amis nostalgiques me soumettent l’idée d’une correspondance à l’ancienne, avec timbres, enveloppes, tout le tralala, et ce long délai entre l’envoi et la réponse, mais après reçu quelques spécimens manuscrits, me supplient de revenir à mon clavier

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pareillement

première personne à m’adresser la parole, un itinérant hilare qui m’a souhaité, comme à tous les autres passants, un bon matin

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distance

des circonstances m’amènent à relire des textes de ce blogue, lointains et récents, je relève ça et là des lourdeurs, des contradictions, normales après tout, des maladresses

dans un billet vieux de 5 ans, par exemple, je réfléchis à la pulsion de mort, cette tentation suicidaire qui nous assaille parfois, comme l’envie de tuer

je trouve aujourd’hui le réconfort que je cherchais : chez moi, l’instinct de survie est très coriace

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autorité


le jeune qui se révolte fait preuve d’intelligence, même si les méthodes qu’il emploie ne sont pas forcément brillantes

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blanc


au comptoir du snack-bar, un vieux monsieur avec sa bouteille d’oxygène, le cahier des sports, qu’il ne lit pas, un café, refroidi, concentré d’amertume

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tâche


je sillonne le quartier à suivre de jour en jour l’éclosion des magnolias, je sais, je fais un métier sans bon sens

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