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mécanique


je paie des professionnels, qui me triturent les chairs, m’étirent les membres (sauf celui auquel vous pensez, bande de cochons), me font craquer les os, le but : éviter de m’empâter, me garder souple, ça ne me redonne pas mes 20 ans, du reste, qu’en ferais-je, puisque je les ai eus, déjà ? la soixantaine, en revanche, c’est de l’inédit

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humilité

cuisiner, l’automne, c’est comme jardiner l’été : un exercice de méditation, un rapport avec la terre, un retour à l’élémentaire, au primordial

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genre


le père qui secoue son fils : as-tu vu le gros camion, la mère qui achète à sa petite une robe rose de princesse ne font que reconduire un ordre ancien

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commerçant


se tenir derrière un comptoir, raconter des histoires assommantes, verser un salaire de misère à 2 ou 3 étudiants, ce n’est pas ce que j’appelle une contribution significative à l’économie

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peau

jusqu’à la racine des cheveux, il est couvert de mots tatoués, on a envie de le déshabiller pour découvrir son texte

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sisyphe


le soir, en écrivant, vous avez l’impression de vous dépasser, le lendemain, en vous relisant, vous voyez bien que c’est de la merde, génie au coucher, cancre au réveil, chaque jour, à recommencer

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grrr

tandis que je constate l’avancement des travaux, un homme s’approche et soupire : c’est comme ça qu’ils dépensent l’argent des contribuables, je le regarde sans répondre, et m’éloigne, c’est seulement plus tard qu’il me vient une réplique, j’aurais dû lui dire : je préfère l’élargissement d’un trottoir au prolongement d’une autoroute, mais bon…

c’est l’un des handicaps relationnels qu’aura déterminés chez moi une (trop) longue expérience de la solitude : je ne sais pas débattre, je reste sans voix ni argument, je n’ai que ma colère

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lâchez pas


de temps à autre, elle pose sa cigarette et sa tasse de café, pour encourager de ses applaudissements les participants au marathon

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défense


la mémoire est un phénomène physique, c’est l’enregistrement d’informations nécessaires à la survie de l’animal en nous, elle se résume en une somme de repères territoriaux : odeurs, saveurs, images, sensations, elle devient caduque et s’efface dès qu’on part s’établir ailleurs

le reste, c’est du souvenir, donc de la romance

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addendum


à la liste rapide de mes attributs que renferme le billet précédent (panégyrique), des âmes charitables me suggèrent d’ajouter ceux-ci : misogyne, misanthrope, raciste, intransigeant, colérique, vaniteux, je les en remercie

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panégyrique


je suis fatiguant, égoïste, grognon, méchant, déplacé, téteux, manipulateur, angoissé, mais quand je mourrai, on ne dira que du bien de moi

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reliques

vêtu seulement d’un short, accroupi, pieds nus, il ramasse délicatement des débris de verre, à sa porte, il a les ongles peints

à l’arrêt de bus, une femme a abandonné sur le banc un flacon de comprimés pour dormir

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entaille


je m’ouvre la peau, sang, plaie, sexe, c’est ma langue, la seule que je connaisse/utilise, on ne m’entend pas, qui peut me prendre au sérieux ? vous n’avez rien d’autre à me proposer que le calcul, le mensonge ?

dans la ruelle, derrière l’immeuble, une itinérante autochtone, corpulente, ivre, crie 3 fois, baisse ses culottes et chie au milieu d’arbustes qui ne la cachent pas

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compter

dans la voiture, le père et son fils de 20 ans ne parlent pas, ou seulement de considérations techniques, d’un crédit d’impôt pour le transport en commun, du coût de la connexion internet, de la réparation reportée d’un lave-linge, sinon le silence, jamais vraiment entamé, entre eux retombe, glacial

chacun, dès l’enfance, veut avoir une résonance, trouver un point d’accord avec le monde, provoquer des ronds dans l’eau, sentir qu’il n’est pas seul

c’est maintenant très difficile, et les moyens d’y parvenir, souvent absurdes, et alambiqués, ce n’est pas étranger à la détresse psychologique de ce siècle

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porosité

une altération de la surface (adopter une nouvelle coupe, perdre quelques kilos, déplacer des meubles, modifier la déco) peut-elle induire un véritable changement intérieur ?

à l’inverse, la transformation de l’être peut-elle survenir sans manifestations externes, sans répercussions sur le réel ?

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faculté

pour ce petit gars de la banlieue, habitué à un environnement sans hauteur, c’est prodige que de s’asseoir dans une salle de classe au 9e étage d’un pavillon universitaire, avec vue sur la ville et la montagne, le soir de surcroît

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si

parfois, les absents prennent plus de place que les vivants dans nos cœurs, parce que leur disparition soulève des questions insolubles, que seraient-ils devenus, mériteraient-ils encore qu’on les aime ? ce qui leur donne tant de poids, c’est leur mystère

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déduire


le cerveau n’a pas besoin de nous, je veux dire : nous avons la prétention, risible, de penser à sa place, comme s’il ne pouvait fonctionner correctement en dehors de notre conscience, comme s’il fallait qu’on en dirige le raisonnement pas à pas, alors qu’en réalité, il suffit de lui fournir des données et de s’occuper à autre chose, il livrera le résultat, au moment où on s’y attendra le moins, de grandes découvertes scientifiques ont été faites de cette manière

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usage


je ne sais pas me battre, pour tout dire, je n’ai jamais vraiment essayé, je n’ai pas de bons réflexes, je n’attrape pas ce qu’on me lance, la balle, le ballon, qu’importe, je patine comme un enfant de 5 ans, je n’ai pas appris à nager, je n’ai eu qu’un accident, c’était à vélo, et j’ai subi une fracture de la clavicule, je réfléchis ces jours-ci à ce que j’ai fait de mon corps, à l’importance relative que je lui ai accordée, aux risques que j’ai pris, à l’incarnation

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pégase


un gamin s’est fixé une bande de papier dans le dos, qui lui couvre aussi les bras jusqu’aux coudes, il enfourche son petit vélo et clame bien haut : z’ai des ailes, z’ai des ailes

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jalousie

les patients en salle d’attente me foudroient du regard : je viens d’arriver, je n’ai pas le cul sur une chaise que mon médecin m’appelle

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