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journal


fin d’après-midi, beau soleil, fenêtre ouverte, chambre d’étudiant, un garçon en slip cuisine sur un réchaud, éclaboussure, il reçoit une goutte de gras sur le ventre, la surprise et la douleur lui font exécuter une petite danse (torsions), partout dans les rues, les parcs, des enfants, parents, mamies, des chiens, des maîtres, des voisins s’interpellent, se saluent, des amis se rejoignent, des ados se poursuivent, se pourchassent, vélos, planches, trottinettes, en short et tee-shirt, le papa jogge derrière la poussette de son fiston qui, lunettes noires sur le bout du nez, royal, envoie la main à chacun, au loin, un carillon décline l’angelus

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langue

entendu au café : mon père est après mourir

l’expression est merveilleuse et, du point de vue existentiel, proprement étourdissante

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comprendre


un jeune homme, à l’approche de la trentaine, consommation excessive de drogue (qui suis-je pour juger ?), trouble alimentaire grave, haine de la chair, sexualité mécanique, exercée pour souiller, corps-objet

ma génération, en se ruant hors de l’enfer, n’aura réussi qu’à l’agrandir

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sdf


ne pas être voulue, quand elle était petite, ses parents se disputaient, non pas sa garde, mais le contraire, les 2 cherchaient à s’en débarrasser, l’un pour échapper à la contrainte, l’autre, à la dépense, patate chaude, balle de ping-pong, jamais d’ancrage, toujours menacée d’une prise en charge publique, s’installent alors la conviction de la damnation, du maléfice, et la vanité compensatoire, il n’y a rien de pire, l’expulsion de la cellule première, ça détermine tous les échecs relationnels subséquents

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orifice


un trou du corps, c’est une zone d’échange entre le dehors et le dedans, ça se veut dégagé, pour le passage de l’air, et du son, de la nourriture, du sexe de l’homme, de l’enfant à naître, des déchets à évacuer, ce n’est pas un manque qui aspire à être comblé

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progrès

j’atteins un âge où, paresse et limitations aidant, j’ai moins de péchés que de bonnes actions à mon actif

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fétu

lui : le monde n’a pas besoin de nous, un jour, nous allons le quitter, et il va continuer comme avant, sans même se rendre compte de notre disparition, nous ne l’aurons pas changé, tout ce que nous aurons accompli n’aura servi à rien, c’est terrible

moi : bof, nous ne sommes que de la matière périssable, un roseau qui pousse et meurt

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causerie

d’abord, l’auteure nous lit un texte (trop long, assez quelconque) qui raconte le suicide d’un homme qui a été son amant, après quoi, elle nous expose son dilemme : elle envisage une publication, mais la famille du défunt s’y oppose, que faire ? c’est indécent, je trouve, de solliciter notre avis, cette décision lui appartient, il y a des réflexions, et des choix, impossibles à partager, je suis sorti avant la fin

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en effet


à la toute première ligne de mon livre, il est question d’érection, ça commence raide, me dit une vieille cousine

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cassure

dès le berceau, et toute leur vie, des êtres portent une lumière noire, ils ont le regard dur et froid, ils inspirent une crainte superstitieuse, de la méfiance, on n’a pas d’élan pour eux, on préfère se tenir à distance, par exemple, cette femme, sans conjoint ni enfant, revêche, alcoolique, elle n’a jamais connu son père, il s’est suicidé juste avant sa naissance, un autre homme a pris sa place, oui, mais il y a eu rupture de sang, ça ne se guérit pas

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attaque

après la discussion, la salle s’est vidée, le technicien a éteint les projecteurs, débranché et rangé les micros, un spectateur d’une cinquantaine d’années est resté assis, bien tranquille, à relire ses notes, soudain, son calepin lui a glissé des mains, il a poussé un gémissement, proche du soupir de plaisir, ou de surprise, la seconde d’après, il s’écroulait sur le sol devant lui, renversant les chaises des premières rangées, en proie à une crise d’épilepsie, des responsables du lieu sont accourus, l’ont entouré, j’ai observé la scène, ce qui me fascinait, c’était la violence des convulsions qui agitaient ses jambes et, surtout, son bassin, entraîné dans un sauvage va-et-vient, comme dans un accouplement endiablé, formidable énergie brute, surprenante chez un homme de cet âge, libérée en dehors de toute volonté, par l’action seule (et déréglée) du cerveau, les spasmes se sont espacés, enfin calmés, on l’a roulé sur le côté, pour éviter qu’il ne s’étouffe dans ses régurgitations, il était plus pâle qu’un linge

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lexique


il y a, dans la langue courante, des comparaisons dont l’à-propos m’échappe : gelé comme une balle, saoul comme une botte, fou comme de la marde

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junk


je n’ai plus de télé, je m’en suis débarrassé à la fin de 2011, l’autre jour, dans ma chambre d’hôtel, par désœuvrement, je l’ai allumée, j’ai tenu 2 minutes, le temps d’une pub de pick-up, de mascara naturel et de bouffe-récompense qui ne fait pas grossir

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cour

quand on voyage seul, on ne choisit pas son voisin de siège, cette fois, c’est un grand gaillard, cheveux courts, yeux pers, travailleur de la construction, en congé, il se remet d’une blessure au pied, d’ailleurs il boite encore légèrement, il se rend à Montréal voir son fils et sa fille, se propose d’y déménager d’ici la fin de l’année, de retourner aux études, s’interrompt pour me montrer 3 dindons sauvages en bordure de la voie, plus loin, de jeunes chevreuils traversant un champ, tandis qu’il me parle, je peux observer distinctement la progression fulgurante de son érection, le long de la couture de fourche de son jeans, je ne tente rien, il ne va pas plus loin, il y a des numéros comme ça qui me désarment

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aimez-moi


on vient de lui diagnostiquer une maladie grave, mais je ne mourrai pas tout de suite, répète-t-il en souriant, il me reste de belles années devant moi, pourtant, il s’est empressé de rédiger son testament, et aussi un long document, dans lequel il décrit par le menu le déroulement de ses funérailles : trajet du cortège, lectures, photos, vidéos, musiques, il précise même le nom des solistes à engager et le montant de cachet à leur verser, il veut mon opinion, je hausse les épaules, toutes ces preuves d’affection, qu’est-ce qui t’empêche de les échanger de ton vivant ?

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inauguration


le glacier ouvre ses portes pour la saison, l’enfant a commandé un énorme cornet au chocolat, il en a jusque dans les yeux, plaisir total, assis à côté de lui sur le banc public, une chienne rousse aux aguets à leurs pieds, le père se tord de rire

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fable


le petit garçon vient d’apprendre que, non, ce n’est pas le lapin de pâques qui cache les œufs en chocolat, mais maman, proteste-t-il, horrifié, tu m’as menti

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prudence


de la liberté, il ne peut être fait qu’un usage déraisonnable, gourmand, débridé et magique, autrement, ce n’est que du calcul

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sémantique

lui : les rituels de conquête sexuelle ne font qu’obéir à notre instinct archaïque de la chasse, il y a prédation, gibier…

moi : tu couches avec le jambon, toi, avant de le faire cuire ?

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