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artistes

dans l’abondance, nous trouvons amplement les moyens d’organiser nous-mêmes notre surplace, d’aggraver notre apathie, notre créativité se limite alors à repeindre les murs de notre cellule

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étalage


tu sais, quand tu te promènes dans la rue et que tout le monde te sourit, les jeunes comme les vieux, les gars comme les filles, et que tu finis par te rendre compte que ta braguette est ouverte, laissant entrevoir ton coquet slip fuchsia

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allo


ne raccroche pas
j’ai peur la nuit vient
froid et personne
fais-moi rêver
dis-moi l’été
le champ de luzerne
les arbres penchés
sur la rivière noire
les oiseaux les cigales
le poids de la chaleur
l’immensité du bleu
raconte-moi la vie
tandis qu’elle part

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poésie


la sédition ne s’opère que dans le déchaînement du plaisir, se révolter, c’est jouir

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filet

sur la patinoire du parc, de grands adolescents ont la générosité de mal jouer pour permettre à des ti-culs de compter

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contrepartie

prendre de petites décisions, donner des directives, ne serait-ce qu’à son chien, ou à son iphone, émettre son opinion sur la place publique, conduire une auto : détenir ainsi des miettes de pouvoir suffit pour que beaucoup acceptent avec docilité d’être gouvernés

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apparences

les mécanismes de compensation fonctionnent à merveille, le crédit tient lieu de richesse et la consommation crée l’illusion de plénitude, tout concourt à nous faire oublier que nous n’avons pas la libre disposition de nous-même, de nos ressources intérieures et de notre temps

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interprétation


un correspondant me fait part de ses impressions sur un de mes romans : mon dieu, que c’est triste, la solitude d’un gai qui prend de l’âge

c’est drôle, parce que je n’ai pas mis ça dans le texte, ce n’est pas du tout ce que je ressens, ni ce que je pense, la jeunesse et le couple occasionnent autant de tourments, sinon plus, que la vieillesse et le célibat

non, c’est un préjugé à lui, qu’il a projeté

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opération

pendant la (longue) transaction, la caissière de la banque reste rivée à son écran d’ordinateur, à peine m’a-t-elle accordé un vague regard lorsque je me suis approché du comptoir et que j’ai inséré ma carte dans le lecteur, je lui ai expliqué ce qui m’amenait, de temps à autre, elle appuie discrètement sur sa souris, le silence pèse, j’ignore ce qu’elle consulte, je me dis que j'ai une relation plus chaleureuse avec le guichet automatique

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perroquets

quel droit à la parole ? nous croyons nous exprimer, alors que nous ne faisons que répéter les arguments des relationnistes et lobbys

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découragement

les pratiques artistiques désenchantées ne renforcent-elles pas l’idéologie dominante, le conditionnement à la passivité ?

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évocateur


il marche dans la rue en compagnie de sa blonde, mais c’est surtout lui qu’on remarque, il porte accrochée à son dos la soucoupe de plastique rouge avec laquelle ils ont glissé sur la montagne, son pantalon est couvert de neige, manifestement, il y a roulé, ce jeune homme est un récit sur pattes

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compliqué

dans notre société factuelle, rationnelle et comptable, il y a plus que jamais nécessité de poésie, mais comment l’honorer sans verser dans la superstition, la candeur, l'évasion, quelle mythologie ne constitue pas un déni de science, comment affabuler et rester conscient ?

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similitude


on ne parlera jamais assez des vertus structurantes de la haine, elle tient lieu de pensée, cristallise le réel, l'organise, procure une intense sensation de vivre, presque sexuelle, au fond, elle agit exactement comme la peur

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à vif

certains prétendent qu’avec l’âge, on devient fleur bleue, davantage sensible, émotif, c’est vrai… et ce ne l’est pas, en fait, on gagne en transparence, comme l’énergie décroît, on en dépense moins à l’entretien des digues, qui cèdent évidemment, il n’y a plus de filtres

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message


à – 25 degrés, il sort sans boutonner son manteau, sans doute pour montrer son joli coton ouaté, où est écrit en grosses lettres : froid de canard

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contraste

ma tête est une maison de soins palliatifs, c’est comme ça depuis des années, on y entend seulement des râles, des chuchotements, des pas feutrés, dans les chambres, même en plein jour, il fait sombre, alors, vous devenez très sensible à la lumière, la compagnie de la mort, c’est bien connu, rend éblouissante la moindre étincelle

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ténacité

dans les ténèbres des abysses océaniques, comme sous les températures hostiles des pôles, il y a partout une formidable résolution à vivre, et c’est de cette nature que nous participons

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oneiros


le rêve le plus déjanté, le plus exotique ne nous sort jamais de notre caverne, il n’utilise que des images que nous avons déjà vues, jongle avec des données que nos sens ont récoltées, des sentiments que nous avons éprouvés, il ne peut s’échafauder qu’à partir d’un matériel enregistré

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micro


un couple de gais, jeune trentaine, hipsters, l’un très grand, l’autre moins, ils tiennent un casse-croûte minuscule, un bout de comptoir, quelques tables, ils servent des soupes, des sandwichs, qu’ils préparent avec des produits frais et fins, du café équitable, le plus petit s’occupe de la bouffe, l’autre de la plonge, des courses, du ménage, des réparations, la déco leur ressemble, tout comme la musique qu’ils font jouer, ils ne cherchent pas à accroître leur clientèle, qu’ils estiment suffisante, ils ne rêvent pas d’un local plus vaste, non, leur seule ambition, c’est de continuer à vivre comme ça, ensemble, amoureux, s’amusant

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liées


la philosophie, soucieuse d’éthique, et la poésie, entendue comme la somme de nos désirs, ne peuvent se dissocier de la politique, qui articule les conditions du vivre-ensemble

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coudre

Noël 1977. Église Saint-Jean-Baptiste, Québec. La célébration ne m’intéresse pas, je suis venu par amitié pour des membres de la chorale. Entre deux cantiques, pour tuer le temps, cédant à une vilaine habitude nerveuse, je retire mon bracelet d’argent et le tords dans tous les sens, si bien qu’un des fils métalliques qui le composent finit par se rompre et se détend comme un ressort à l’intérieur de ma main, ce qui me vaut une entaille au petit doigt. La coupure est assez profonde. Je saigne au point d’en avoir le tournis. Dehors, je me fais une compresse de neige, et me rends en taxi à l’Hôtel-Dieu. Alors que j’entre aux urgences, on y admet un patient du troisième âge, transporté en ambulance, et depuis une autre église, il aurait eu un malaise à la sortie de la messe de minuit, bientôt, sa famille arrive à son tour. Au bout d’une heure, je peux voir le médecin, très jeune, vêtu d’un simple uniforme de coton vert, il est blessé lui aussi à l’auriculaire, déjà noir, il se l’est cassé en effectuant un massage cardiaque, malgré ses efforts, il n’a pas pu sauver le vieillard, que les siens pleurent dans le hall, il désinfecte ma plaie, dissimule sa peine derrière une façade de colère sourde, me fait quelques points de suture, qui sont encore visibles aujourd’hui.

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inquisition


à compter du moyen-âge, l’occident massacre des milliers et des milliers de sorcières, c’est l’extinction d’un savoir païen, chamanique, tout notre rapport avec le vivant se transforme : réifiée, la nature cesse d’être un mystère pour devenir une banalité, puis une ressource

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