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entente


en sortant de l’épicerie, le grand-père et l’enfant partagent une tablette de chocolat, qu’ils grignotent en marchant très lentement, sans un mot, trop occupés à la savourer, ils s’arrêtent soudain pour observer un écureuil qui fouille le sol, et repartent d’un même pas

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dépassé

s’il a bien fait son travail, l’écrivain ne se sent même plus concerné quand son livre paraît, il éprouvera une difficulté à en parler, tout ça est derrière lui, surmonté, digéré, il est ailleurs

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symbiose

Cimenteries, coupes à blanc, barrages, autoroutes, stationnements, ports en eau profonde, oléoducs. Fracturation du sol, étalement urbain, spéculation foncière. Nous protestons contre le saccage, le déséquilibre. Parce que nous sommes le paysage.

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âge


Il fustige les étudiants, qui maîtrisent si mal la langue, déplore l’anglicisation galopante, le taux effarant d’analphabétisme, préconise un retour à l’éducation traditionnelle, davantage axée sur la culture générale et les œuvres classiques. Il maudit les nouvelles technologies, qui détériorent les rapports humains, au lieu de les favoriser. S’il possède un téléphone portable, c’est uniquement par nécessité professionnelle. Il a créé son profil Facebook, mais n’y publie jamais rien, surtout pas de photos. Il rejette les liseuses et tablettes, privilégiant l’édition papier des livres et du journal. Il ne comprend rien aux musiques actuelles, affectionne sa collection de vinyles, qui remontent à la belle époque des boîtes à chanson et de Saint-Germain-des-Prés. Il préférait l’alignement du Canadien quand il comptait davantage de francophones. 2 ou 3 fois par semaine, il pratique le jogging, et répète à qui veut l’entendre que c’est pour rester jeune.

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occupation

habiter affectueusement le territoire, s’y investir, le défendre, le modeler, voilà une idée révolutionnaire

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intendance


on voudrait nous persuader que les infrastructures, qui sont des leviers du pouvoir, déterminent notre qualité de vie, davantage que les rencontres que nous faisons, que les présences qui nous entourent

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résister

nous serions perpétuellement en crise, c’est la nouvelle tactique du capital : le chantage, la menace d’apocalypse, l’insécurité entretenue, l’état d’urgence

opposons alors notre calme, notre amitié, notre bonheur, délicieux pied-de-nez

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commission


un petit garçon sort du dépanneur en tenant, solennel, un billet de 10 dollars tout neuf, coincé entre le pouce et la paume de sa mitaine, autrement, il a les mains vides et revient vers la voiture de son père, on lui a confié une mission qu’il n’a pas pu remplir

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anticipation

considérer le néant, en face, sans cligner des yeux, un travail quotidien, une érosion du leurre de l’âme

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costume


À 48 heures d’intervalle, dans 2 ouvrages différents, je trouve la même anecdote : avant d’entrer dans son cabinet de travail, Machiavel enfilait ses plus somptueux habits. S’il avait écrit en haillons, ou simplement à poil, sa doctrine aurait-elle été moins monstrueuse ?

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élite

personne ne m’agace autant que ceux qui séparent l’art du monde, d’un côté, il y aurait les créateurs, clairvoyants, initiés, raffinés, formant une classe à part, supérieure, l’olympe, et de l’autre, la trivialité, la médiocrité du quotidien, des salariés incultes, des mortels, c’est méprisant, comme toute idée d’aristocratie

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imperceptible

ployée sous le poids de la neige depuis la tempête de la semaine dernière, une branche du frêne devant ma fenêtre se redresse chaque jour davantage, allégée par la fonte très lente, il y a dans l’observation de ce phénomène qu’on ne peut vraiment surprendre mais seulement constater, comme la croissance d’une plante, l’éclosion d’un bourgeon, un plaisir indicible

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variété


les anciens clivages, homme-femme, noir-blanc, nord-sud, bon-mauvais, chaud-froid, riche-pauvre, chien-chat, ne fonctionnent plus, ne parviennent plus à rendre compte de la réalité, relative, quantique, plurielle, chatoyante, au-delà de cette vieille organisation binaire, il y a tout un espace à explorer, il nous faut répertorier les teintes, subtilités, déclinaisons, rechercher et admettre les vérités intermédiaires, dans lesquelles s’inscrit l’avenir

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flash-back


un roman, invariablement, raconte une fracture, un arrachement, une bascule, c’est ce que nous avons en commun, les humains, nous sommes tous des abandonnés

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limite


il est possible de s’affranchir, au moins de s’y efforcer, mais on ne peut jamais être libre, la langue et la pensée nous reliant toujours au collectif, et au passé

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glace

définissons la lecture comme un acte de réflexion, double, dans la tête et dans le miroir, un regard sur soi : ce que nous sommes et éprouvons, nos préoccupations, nos soifs, tout ça conditionne notre perception du texte ; quand nous le commentons, c’est de nous que nous parlons, et rien que de nous, dans l’instant, demain, nous pourrions en dire tout à fait autre chose

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opposition

nous aurons toujours sur eux l’avantage de la passion, la pureté d’intention, la vitalité, la liesse, la parole authentique, c’est la meilleure arme contre leur pensée grise

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terne


un ami écrivain (l’un n’empêche pas l’autre) me désigne du menton le petit garçon assis en face de nous dans l’autobus : à son âge, on a le regard tellement brillant ; à quel moment est-ce qu’on s’éteint ?

en effet, quand ?

à cause de quelle désillusion, de quel échec, et par où s’écoule la lumière, comment est-ce que ça saigne ?

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actu

Au lendemain de la mort de Jean Béliveau, poètes, écrivains et intellectuels s’interrogent sur Facebook : mais quel est donc le titre du livre qu’il tient entre les mains sur cette photo d’archives, prise dans le salon chez lui ? La commémoration de la catastrophe de Bhopal, en comparaison, ne présente aucun intérêt. Bravo aux artistes.

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caring

sur le trottoir, pendant que la mère cherche ses clés dans son sac, l’enfant tape à la vitre de la portière, s’adressant à la peluche restée sur la banquette : je suis là, doudou, je suis là

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mousson

l’échappée
entrée oblique
enfin des couleurs sur les toits
la cour comme un cloître
des trombes d’eau
que filtre le basalte noir
il dit : je ne bouge pas
et tient parole
sa fidélité me touche
c’est si neuf
le chien hurle
redressé au bout de sa chaîne

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