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ko


la vie est un combat perdu d’avance, d’où l’opportunité de l’envisager sous un autre angle

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acrylique

Fonctionnaire, il travaille au service des finances de la municipalité. Sa femme l’a quitté pour emménager avec une éducatrice en garderie, elles filent le parfait amour. Il a gardé la petite maison de banlieue, parfaite pour lui. Au rez-de-chaussée, un séjour avec cuisine, et sa chambre. Au sous-sol, un débarras, la buanderie, et son atelier. C’est là qu’il se terre, le soir. Un peu de musique, un verre de rouge, quelques bouffées d’un joint, il s’installe devant son chevalet. Il lui arrive, il vous le dira, de connaître un véritable état de grâce. Dans ces moments-là, la précision et l’assurance de son geste l’étonnent lui-même. D’autres fois, à l’inverse, il a l’impression que chaque coup de pinceau gâche le précédent, il enrage sans comprendre. C’est tellement mystérieux, l’art. Il peint des natures mortes, des villages pittoresques, à partir de photos récentes ou anciennes, qu’il trouve dans les magazines, ou sur internet. Il exécute actuellement une série de portraits de personnalités disparues : Elvis, Bob Marley, Marilyn, Luther King. Il les a dévoilés sur Facebook, ce qui lui a valu des compliments. Il en a même vendu un. Il souhaiterait exposer.

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kwh


Si l’anxiété produisait de l’électricité, on m’appellerait LG2.

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burp

dans une librairie bon chic bon genre, après une table ronde sur l’état de la littérature contemporaine, la discussion se poursuit, c’est le cocktail, verre à la main, canapés et trempette, ça bavarde, personne n’écoute l’autre, on se gargarise de nobles expressions, construire l’abstraction, observer l’effraction, la fracture, le surgissement de la vérité, se porter à la rencontre du réel, revendiquer les données de l’expérience, définir la posture conceptuelle, identifier les conditions d’apparition de la fiction, se moquer de la norme surplombante, et de l'extra-textualité, admettre le déjà-là au centre de toute démarche, je reprendrais bien un peu d’eau minérale, moi

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cage

son horaire rempli à ras bord, chaque instant organisé, planifié, le travail, les repas, les courses, le resto, les sorties en famille, le sport, la campagne, pour ne pas penser à eux, jamais, pourtant, leur absence est partout, de l’énergie noire, qui menace de l’aspirer, une marque sur son front, ce sont ses fantômes, son père, ses 4 frères, suicidés, l’un à la suite de l’autre, méthodes de gars, monoxyde, pendaison, carabine, il ne reste qu’elle, et la mère, mais comment vivre après ça, avec ça, comment avoir des enfants, leur expliquer, comment ne pas se sentir coupable, responsable, faire et refaire la somme de leurs souffrances, de leurs échecs, et de leur courage aussi, pourquoi cette voie, un sang maudit coule dans ses veines, comment ne pas éprouver la tentation, à son tour, comment s’en prémunir

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treize


je suis né-mort : j’ai commencé ma vie dans cette obscurité-là, cette froideur, ce vide de la dépossession, c’est seulement avec les ans que j’ai appris à faire entrer la lumière, devenant plus léger, joyeux, jouisseur, je m’allume en vieillissant, et m’amuse, si ça continue, je vais crever crampé

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déjection


on baise avec nos pipis, il y a coïncidence anatomique de la reproduction, de la jouissance et de l’excrément, philosophiquement, c’est riche

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pogner

adepte de la gonflette, il s’entraîne régulièrement, s’enduit le visage de crèmes de prix, censées raffermir, combler, gommer, maintenir l’élasticité, se teint les cheveux, les sourcils, s’habille en trentenaire, visiblement, il redoute la vieillesse, la décrépitude, l’approche de la fin, non, pas du tout, rétorque-t-il, je le fais pour moi, j’ai envie de rester séduisant, ce n’est pas la mort qui l’angoisse, mais la perspective de ne plus fourrer

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squat

après avoir essuyé sommairement ses lunettes, elle se dirige au comptoir, se penche vers la réceptionniste : j’ai vu votre affiche dans la vitrine, vous offrez le vaccin contre la grippe ? oui, mais il faut prendre rendez-vous, malheureusement, je n’ai pas de place avant décembre, oh mon dieu, non, c’est trop loin, ok, j’irai à la pharmacie de mon quartier, ou à mon CLSC, ce n’est pas grave, dites-moi, je peux emprunter vos toilettes ? elle s’y enferme un long moment, lorsqu’elle en sort, ses cheveux paraissent moins aplatis, ses vêtements, moins humides, c’est vrai, on a entendu la plainte répétée du sèche-main, elle s’installe dans la salle d’attente, retire son manteau, tire un bouquin de son sac et l’ouvre, interpelle une infirmière au passage, vous n’avez pas un distributeur à café, par hasard ? dehors, il tombe de la neige fondante, grise

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héritage


il y a quelque chose de très prétentieux dans l’idée de léguer, de transmettre, c’est accorder beaucoup d’importance à sa propre expérience, à sa petite personne, il me semble bien plus intéressant de renverser la proposition : prendre aux jeunes, en recevoir des leçons, siphonner leurs savoirs, puiser dans leur furie, et leur merveilleuse lumière

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ssjb

dans un lancement, un petit garçon se frotte le dos contre les jambes de son papa, ces conversations d’adultes lui passent littéralement au-dessus de la tête, pour tromper l’ennui, il va piger une mini-carotte dans un plat du buffet

à son âge, j’accompagnais mes parents dans des congrès, qui s’étalaient souvent sur le week-end entier, je portais de jolis vêtements, que je prenais soin de ne pas salir, je me tenais comme il faut, les messieurs appréciaient mon sens de la répartie (déjà), ma bienséance et mon attitude studieuse impressionnaient les dames, sage comme une image, un animal savant

beaucoup plus tard, mon père m’a expliqué qu’ils n’avaient pas le choix : s’ils me laissaient à la maison, je disjonctais, piquais des crises terribles, qui terrorisaient la gardienne, évidemment, il exagérait

toute mon enfance, j’aurai ressenti de la mélancolie et de la colère, comme un endeuillé, j’étais habité par la perte, oui, un oxymore

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châtré


je discute avec une libraire, décidément, nous ne pouvons tomber d’accord, elle dit : j’aime les livres de souvenirs, moi non, mais je peux comprendre, à cause de la distance que la mémoire implique, et de l’inévitable délitement de ce qui est relaté, des protagonistes sont morts, des décors ont été rasés, place nette, des institutions, rites, objets ont disparu, et ne reviendront plus, leur évocation n’a aucune actualité, le passé, c’est du temps amputé, du réel émasculé, il ne peut nous atteindre dans notre chair, la triturer, la faire béer, il sécurise

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prolongement


le corps et l’esprit sont de même substance

capable de stratégie de chasse, la pensée est fille de la faim

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miam


au pied du banc où son maître dévore un sandwich, le chien se roule dans les feuilles mortes, espérant quelques reliefs, un bout de jambon, ou de fromage, il a une érection d’anticipation

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subito

Une malade de Parkinson guérit inexplicablement après avoir prié un âne. Rome s’empresse de le béatifier.

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funérailles


Le prêtre, dans son baratin au cimetière : Notre sœur Berthe ne nous quitte pas. Elle est toujours parmi nous.

Moi (marmonnant) : Pourquoi l’enterrer, d’abord ?

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mobile

l’automne me traverse
me rabat
dans la splendeur du froid
le ciel crisse
verre noir
j’ai des larmes plein la bouche
ne sais où aller
qui appeler
la tête rongée de vers
déjà la nuit m’enveloppe
et la lune aboie

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