contact

skype


Je prends ma pause, signale-t-il à sa collègue. Il descend au sous-sol, traverse la salle des employés, s’enferme dans les toilettes qui leur sont réservées. Reçoit un autre message, répond. Assis sur la cuvette, il active sa cam, la dirige vers ce qu’il voit lui-même en inclinant la tête : sa queue bien raide, qu’il caresse en alternant lenteur et vigueur, ses cuisses écartées et, sur le carrelage, son pantalon et son slip, qu’il a repoussés du pied devant lui. Son correspondant lui glisse des cochonneries à l’oreille, je me mettrais à genoux pour toi, il se lève pour lui montrer ses fesses, c’est tellement simple entre gars, le sexe immédiat, ça n’a pas de conséquence, avec les vieux, c’est encore mieux, de vrais pervers, et moins difficiles sur le physique, son âge à lui seul (il a 22 ans) les émoustille, ils gémissent de nostalgie quand il gicle, jaloux de son jus épais et abondant. Ce soir, de retour chez lui, il embrassera sa blonde, qui lui demandera quelle journée il a eue. Oh, comme d’habitude, lâchera-t-il en bâillant.

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délivré


Il y a des morts qu’il faut tuer encore, pour éliminer les saloperies qu’ils vous ont inoculées.

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oui non

souvent, je bascule dans le refus de ce que je déclenche, j’avance en tremblant, comme on touche un cadavre, avec la crainte ambiguë qu’il se mette à bouger

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nombril


À mes débuts dans le métier, je ne parvenais pas à parler de moi. Je me cachais derrière des masques. Brouillais les pistes.

Avec les ans, la pudeur s’est évanouie (ou la confiance a augmenté). Si bien qu’aujourd’hui, j’ai du mal à entrer dans la peau de personnages. Je n’en ai plus besoin.

Je deviens, au déplaisir peut-être du lecteur, mon sujet de prédilection.

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heurter

Un bon texte dérange. Sa force se mesure à l’inconfort qu’il crée. S’il ne fait que ronronner, comme votre chat, s’il est seulement cute, il ne mérite pas qu’on en parle.

Au fil des pages, perdre pied, perdre haleine pour, à la fin, respirer un grand coup, la lecture comme apnée. Épreuve corporelle.

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rétro

C’est une tendance, il me semble. Beaucoup d’auteurs puisent maintenant leur inspiration, non plus en eux-mêmes, mais à l’extérieur, non plus dans le présent, mais dans l’histoire.

Ils vont nous raconter la carrière d’un peintre oublié, le destin d’une muse, un événement politique ou social qui aura marqué la mémoire collective, la relation amoureuse, brève et tragique, de 2 personnalités. C’est à la fois people et vintage.

Ils se documentent avec minutie, plongent dans les archives, interrogent les témoins, les survivants. Pourtant, ils se défendent de verser dans la biographie. Pour eux, ça reste du roman.

N’y a-t-il pas là un refus d’imaginer, de se projeter, de se compromettre ? N’y a-t-il pas là une forme de reddition ?

Dans la terreur de l’avenir, le passé se révèle la valeur refuge.

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montrer

Elle insiste pour que ses 2 petites filles maîtrisent outre le français, l’allemand, sa langue maternelle. Elle leur enseigne aussi à compter, comment se comporter, le nom des animaux et que, dans les films d’animation, ils peuvent parler.

La transmission du savoir est au cœur de l’expérience humaine.

Finalement, c’est notre intelligence qui nous inspire la plus grande fierté, c’est à elle qu’on attache le plus de prix.

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voyous

tes dents
ma nuque
ces étranges parterres
où se défoulent des collégiens
prisonniers
ce n’est pas prodige
que d’entendre
ce que la pierre veut dire
d’un coup le fil se casse
le collier se défait
la main se pose toujours trop tard
au milieu de la poitrine

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conquête


Je l’ai dit, je le répète : l’écriture et la lecture peuvent et doivent être des actes de dissidence, un pied de nez aux pouvoirs, un élan d’anarchie, l’appropriation du réel.

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coucou

depuis le décès de ma mère, je découvre que j’ai de l’intuition, je veux dire : je ne m’y fiais pas auparavant

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stéréo

J’ai souffert doublement de la famille : d’abord, de la subir et, m’en éloignant, de ne plus en faire partie.

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austérité

Elle est architecte, lui aussi. Ils ont acheté un condo avec un grand jardin et entrepris de le rénover. Bref, ils ne manquent pas de moyens. Tout le monde pense qu’ils ont 2 garçons, car leur petite fille porte les vêtements de son frère aîné, qui ne lui vont plus. S’il y a un calcul dans leur choix, il est philosophique.

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papotage

Internet favorise la multiplication des écrits. Dans le prolongement des forums, des blogues, des chats, nombreux sont ceux qui entreprennent le récit de leur expérience, de consigner leurs réflexions, leur vision de la réalité. Ça fait beaucoup de livres. Il ne s’en échappe pas nécessairement des voix.

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justice

Un incendie criminel a ravagé l’école primaire de banlieue qu’ils ont fréquentée autrefois. Sur les réseaux, aussitôt, leurs réactions fusent : tristesse, stupéfaction, indignation, colère. Tant de souvenirs partis en fumée. Un peu plus, et ils réclameraient le rétablissement de la peine de mort pour punir les auteurs d’un tel méfait.

Le massacre de civils, de l’autre côté du globe, ça les laisse froids.

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porcelaine

En rentrant du travail, il a besoin de se détendre. Il a développé une passion pour les petits objets, les gadgets, les inventions sympathiques, qui n’ont d’autre prétention que de faire sourire. Désabusé, sceptique, il n’appartient à aucun parti, ne milite pour rien, n’embrasse aucune cause. Il n’écoute plus la télé, ne lit pas les journaux : l’actualité l’angoisse.

Comment s’en sortirait-il à Gaza ?

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aurore

Elle décrit sa vie comme une tempête, la pauvre chouette, parce que ses activités littéraires (elle se prend pour Roland Barthes sans en posséder le talent ni le charisme) l’amènent à se déplacer souvent, à passer plus de temps en train et à l’hôtel que chez elle.

Quelle image utiliserait-elle (typhon, cyclone, tsunami) si, en plus, elle avait des enfants ?

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cachet

On demande à la littérature de réconforter, d’apaiser. Comme un anxiolytique. De faire barrage.

Mais elle n’est pas obligée d’entendre.

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préparatifs

Opinel, tapis de sol, percolateur, allumettes de bois, glacière, gamelles, réchaud, recharges de butane, bâche, corde, cutter, chasse-moustiques… Il y a des listes qui, à elles seules, font voyager.

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terre

Près du hangar, le tracteur, auquel est attelée la presse à foin. Il est midi, elle n’a pas faim. Tout est trop vaste, cette maison, pleine de silence, et la ferme, que le soleil aplatit. Il n’y a plus qu’elle, et des fantômes. La mère partie la première, amaigrie, usée à la corde par le travail, et le souci. Le père, inconsolable, n’a pas tardé à la rejoindre au cimetière. Ils lui manquent. Terriblement. Ses sœurs, depuis longtemps installées en ville, sont devenues grands-mères. Elle n’a pas bougé d’un pouce. C’est son unique univers. Dans le temps, ils ne pouvaient pas s’éloigner, de toute façon, à cause de la traite, matin et soir, chaque jour de l'année. Pas de vacances. La vente du troupeau, rendue nécessaire avec l’âge, n’a rien changé, l’habitude et la crainte de l’extérieur la clouent sur place. Paresse butée. Aucune curiosité. Née ici, elle y poussera son dernier souffle. Sans descendance ni relève. Vieille fille. Timorée, conventionnelle, discrète, effacée. Presque invisible. Elle n’a jamais compté pour personne. Elle entre dans sa chambre. Baisse la toile de la fenêtre, qui ne laisse plus passer qu’un filet jaune. La pénombre, un court instant, lui fait oublier la glace noire qui lui cogne l'arrière du crâne. Du coffre à bijoux, elle tire un chapelet, celui de sa confirmation, des grains de verre bleuté, une croix en argent. Elle s’étend directement sur le couvre-lit. Retire ses lunettes, qu’elle pose sur l’oreiller voisin. Ferme les yeux. Et espère que la mort vienne rapidement.

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braillard

J’ai tantôt le chagrin d’un petit garçon mal-aimé, incompris. Tantôt l’émotion larmoyante d’un vieillard devant la splendeur de ses derniers étés. Toujours le cœur gros. Et pas dans le présent.

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paquet

Sur le trottoir. Un jeune homme vient dans ma direction. Je suis hypnotisé par son sexe, manifestement libre sous le bermuda et dont on devine, au gré de la marche, le volume, l’épaisseur, les contours.

Quand je relève les yeux, il me décoche un petit sourire. Loin de le choquer, mon intérêt semble le flatter.

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maintenant


je suis le ver
l’araignée au fond du trou
le bouton au bout de la tige
le puceron vert sous les pétales
le cadavre du pigeon
le raton au ras des murs
cette seconde délayée
dans l’inutile éternité

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orléans


tu as l’air hébété
ça devait finir comme ça
j'ai du sang plein les doigts
c’est de la fraise

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