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équité

Les banques affichent des bénéfices record. Les pdg s’octroient des bonus pharaoniques. Non contentes de piller nos sources de vitalité, les entreprises engrangent des liquidités au lieu d’investir, sans parler des milliards qu’elles détournent vers des paradis fiscaux. Et je reçois ce matin 2 avis de majoration de tarif. On me demande de faire ma part.

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dilemme

Express 427 entre le centre-ville et le Plateau. Vendredi fin d’après-midi. À l’arrière, sur une banquette, une jeune femme, disons, enveloppée. Maquillage soigné, lunettes à monture délicate, vêtements élégants. Elle rédige un texto. Ses doigts courts courent fébrilement sur le minuscule clavier. Envoyer. Dans l’attente d’une réaction, elle se ronge les ongles, l’air absent. Lorsque la réponse tombe enfin, un espoir indicible illumine son visage. Elle sourit, radieuse. Gros lot. Bingo. Manifestement, nous sommes dans une histoire de séduction, à ses premiers balbutiements. Se sont-ils déjà vus en personne ? J’en doute. Car, elle s’assombrit bientôt, embêtée. Comment aborder maintenant la vérité ? Comment sensibiliser son interlocuteur à ce qu’elle appelle la diversité corporelle ?

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peinture

Pour faire connaissance, je l’invite au restaurant. Parce que j’ai acheté de ses toiles, il se sent obligé d’accepter, redevable. Qui de nous 2 installe un rapport de domination ?

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couleur


de l’indigo sur les doigts
impossible d’habiter la maison
d’agir on finit par tous s’en aller
un rai de lumière sur ton soulier
quel est le sens
regard clair signe du danger
malheur réel
le meuble craque
la poussière se tasse
comment guérir ceux qu’on aime
racines captives du sol
il y a des morts sous le plancher

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bilan

Notre temps enregistre un déficit de la pensée et un excédent d’effets spéciaux.

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imprimatur

Machine à cash. Les livres pour enfants et ados se vendent en masse. Parce qu’ils reçoivent l’assentiment des parents, des éducateurs, des bibliothèques scolaires. Autrement dit, des autorités. Justement, c’est ça qui inquiète.

Pour la présenter aux générations montantes, on aseptise la littérature, chargée alors de véhiculer des valeurs bien propres, hygiéniques, concourant à former de futurs citoyens dociles, sans aspérités, inoffensifs.

Applaudirait-on la curiosité intellectuelle d’un jeune si, au lieu de se fixer sur les Harry Potter de ce monde, elle se tournait vers Sade, Foucault ou Burroughs ?

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blindage

Mon grand-père était ultra-conservateur. À la fin de sa vie, il portait continuellement un rosaire autour du cou, comme un hippie un collier de coquillages ou de perles de bois, qui lui descendait jusque sous la ceinture, pratiquement entre les 2 jambes. Extravagance surprenante de sa part. C’était peut-être son gris-gris contre la mort. Ça n’a pas marché…

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feu

Funérailles chez les Roms. Chaque membre de la famille choisit un objet en souvenir. Ensuite, on brûle la caravane du défunt, avec son contenu. Ce qui lui a appartenu doit disparaître. Il n’y a pas d’héritage. Gens du voyage.

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dernier acte


Je me souviens avoir lu, à 15 ou 16 ans, les propos d’un psychiatre italien sur les dangers de confondre qui on est et ce qu’on fait. L’essence avec le rôle.

Appelés à se définir. L’un répondra : je suis ingénieur. Cette femme : l’épouse d’untel. Une autre : mère de famille.

Que deviendront-ils lorsque les enfants quitteront la maison, que le couple se déchirera, qu’il perdra son emploi ? Trou noir.

Je n’ai jamais oublié cet article. Dire : je. Ne rien ajouter. Préférer une identité flottante. Indépendante.

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marche

Sur les trottoirs, on entend les enfants, parce qu’ils se traînent les pieds, et les femmes, dont les souliers et les bottes font (systématiquement et mystérieusement) plus de bruit que ceux des gars.

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saint thomas

Des employés du gaz s’activent près de la maison, brisant la couche de neige et de glace. Je sais ce qu’ils cherchent : une plaque de fonte grande comme une assiette, peinte en jaune, sous laquelle se cache une des vannes du réseau.

Je m’habille en vitesse et sors à leur rencontre. À l’opérateur de la minipelle, j’explique qu’il est inutile de saccager comme il le fait la saillie de trottoir végétalisée (pas très verte, ces temps-ci, je l’admets), puisque la vanne se situe légèrement à l’extérieur, dans la rue même. Pas moyen, les plans d’ingénieur qu’on lui a fournis sont formels.

Une quinzaine de minutes plus tard, j’y retourne. Évidemment, ils n’ont rien trouvé. Cette fois, l’opérateur accepte de m’écouter. Je lui désigne l’endroit précis où gratter avec les dents du godet. Et, surprise, que voit-on apparaître ? La plaque de fonte.


L’anecdote m’a fait penser à l’entêtement d’un technicien de Vidéotron (qui avait, soit dit en passant, une jolie craque de plombier), dépêché en raison d’une chute significative du signal. Selon ses papiers, il n’y aurait eu chez moi qu’une seule entrée de câble, alors que j’en compte 2 (dont une désactivée). Il a fallu que je les lui montre pour qu’il me croie.

Dans la culture des entreprises et des administrations, on considère le simple citoyen (ou l’usager) comme un parfait imbécile, ignorant et gauche, à qui on ne saurait en aucun cas se fier. Pourtant, c’est lui qui possède la science de son environnement, qu’il sillonne chaque jour en tous sens. Reconnaître son expertise sur son territoire, ça s’appellerait la démocratie.

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hanter

C’est seulement dans nos rêves que les disparus continuent de vivre.

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symptôme

Dans une salle d’attente, à l’hôpital, il y a toujours des patients qui tiennent absolument à vous montrer qu’ils connaissent les aires de la maison, et sont familiers avec le personnel, qu’ils tutoient, complices. Ils saisissent la première occasion pour vous décrire leur problème de santé, en insistant sur une particularité, une bizarrerie bien à eux : mon médecin n’avait jamais vu ça en 30 ans de pratique. Ou : « ils » ne savaient même pas que ce médicament pouvait avoir cet effet-là. Ou : j’ai passé seulement 2 semaines en convalescence, c’est vite, ç’a a surpris tout le monde. Il y a de leur part une volonté d’affirmation. La maladie leur donne une personnalité.

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regards


La joie et la tristesse sont des émotions. Elles en ont l’intensité, la spontanéité et la marque physiologique (ici, sourire et larmes).

Mais ce sont aussi des sentiments durables. Des états. Des attitudes qui s’installent à la faveur d’une lecture fine et assumée de notre condition.

Je ne veux pas discuter de la valeur ou des mérites de l’une ou de l’autre. Ce qui m’intéresse, c’est la lumière nécessaire à toutes deux, pour éclairer ou créer de l’ombre.

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scam spam

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Il y a une poésie de l’extorsion.

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sape


1 Québécois sur 2 redouterait l’intégrisme musulman. Je ne sais pas, moi, mais il me semble que la droite religieuse du reste du Canada constitue une menace bien plus sérieuse.

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apnée

nœuds défaits
départs
l’histoire s’arrête
et me divise
jouer sa vie sur une déclaration d’amour
mettre le lieu en suspens
la plaie de ton absence
la surprise qu’elle saigne encore
nos réveils sous la tente
éparpillant des chiffons de nuit

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homéopathie

Mon ami Guillaume prétend que le réel est un poison : pour le neutraliser, il faut le diluer dans la fiction.

Je ne suis pas de son avis. C’est au contact de microbes, bactéries et virus que l’immunité d’un bébé se renforce. On ne peut pas le garder éternellement sous une cloche de verre. Ni l'enrober pendant toute sa croissance dans la ouate des contes des fées.

La formule m’irrite d’autant plus qu’elle implique de préserver l’humain de la conscience.

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harakiri

Admettons-le, l’écriture est éminemment bourgeoise. Elle s’appuie sur une structure de marché, renvoie à une élite et consacre un pouvoir, celui de l’auteur, présenté comme le détenteur privilégié de ressources symboliques (culture, langue, imagination…), qu’il accepte de mettre à la disposition de ses semblables, moyennant reconnaissance et admiration.

C’est totalement irréconciliable avec cette terre d’égalité dont rêve le socialiste que je suis, sans autel ni podium, en dehors de la logique médiatique et du spectacle du capital.

À force de réfléchir sur le livre, on finit par se dire qu’on devrait l’abolir…

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individu

On répète souvent à l’enfant (et même à l’adulte) qu’il est unique. Mais, dans une forêt, chaque arbre l’est aussi : il ressemble aux autres à s’y méprendre, et s’en distingue pourtant par un détail, une caractéristique. Et ça ne le rend pas précieux pour autant.

Prenons un autre exemple, celui des cailloux sur une plage : il n’y en a pas deux pareils. Malgré tout, encore là, aucun effet de rareté.

La spécificité n’empêche pas d’être ordinaire.

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introspection

Notre identité se résume à notre rapport au monde. Elle se constitue de nos relations, de nos engagements, de nos possessions, de nos intérêts, de nos perceptions et sentiments. Toutes choses superficielles et périssables.

Nous ne pouvons nous définir de l’intérieur, dans l’absolu de la solitude. C’est toujours l’extérieur, l’autre, qui nous révèle et nous découpe.

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pétition

Mon père. Le héros, le dieu de mes jeunes années, omnipuissant, omniscient. Il a quitté la maison : la distance aidant, je l’ai davantage idéalisé. Il écrivait dans les journaux, rencontrait des personnages influents, gagnait beaucoup d’argent, fréquentait des restaurants huppés et me ramenait de beaux cadeaux de ses fréquents voyages en Europe.

Un premier infarctus l’a jeté en bas de son piédestal. Cloué au lit, dans sa chemise d’hôpital, branché à des moniteurs, il paraissait banal.

Puis, je me suis aperçu qu’il répétait les mêmes blagues, douteuses, ressassait les mêmes opinions arrêtées. J’ai dû me rendre à l’évidence : c’était un homme borné, misogyne et raciste, incapable d’autocritique. Dans la seconde moitié de sa vie, il a manqué singulièrement de curiosité intellectuelle.

Les parents et les enfants sont appelés à se décevoir mutuellement. Abolissons la famille.

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