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boum boum

Des auteurs se préoccupent beaucoup du rythme, de la cadence, de la sonorité de leurs phrases. Pourquoi ne sont-ils pas musiciens ?

Après tout, le lecteur décidera de la mélodie. On peut déclamer les annonces classées ou l’annuaire de téléphone.

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lunch


Le midi, des élèves de l’école professionnelle, presque tous des garçons, envahissent le parc, réunissent des tables à pique-nique, engloutissent des sandwichs au bœuf Angus, des boissons énergisantes, des pâtisseries industrielles. Dos ronds, rires gras. Pour digérer, quelques lancers de ballons. Après, ils se cachent dans les ruelles pour fumer des joints.

Aussitôt, des petits vieux et des mouettes se mettent à inspecter les poubelles. Les uns, en quête de contenants consignés, qu'ils empilent dans leurs caddies. Les autres, de résidus de bouffe.

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conjonction

Homme. Femme. Blanc. Noir. Bien. Mal. Gauche. Droite. Occident. Orient. Ville. Campagne. La pensée binaire conduit dans un cul-de-sac.

Désormais, il faut combiner, non plus dissocier. Dire et plutôt que ou. Favoriser le flou, l’imprécis, le métissage. La surprise.

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baptêmes

Nous naissons 2 fois. La première, du ventre de notre mère. La seconde, de la rencontre d’un livre dans lequel se reconnaît notre difficulté d’être.

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tympan


Si on vous enfermait dans une pièce parfaitement insonorisée, au bout de quelques minutes, le vacarme de votre organisme vous obsèderait : pulsation, circulation, respiration.

Ensuite, vous pourriez avoir des hallucinations sonores. Et même sombrer dans la folie.

Comme quoi il ne faut pas trop rechercher le calme…

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minus

Par essence, la comédie tourne en dérision l'autorité : le roi, le président, le maître, le patron, le curé, le général, le juge, le père.

À l’opprimé, au laquais, au minoritaire, la farce fournit donc une occasion de revanche, de soulèvement symbolique. Jamais effectif.

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alliance

Qu’apporte la vie de couple ? Suspicions, cachotteries, mensonges, faux-fuyants. Scénarios catastrophe, constructions paranoïaques, procès d’intention. Affabulations, mesquineries, frustrations. Disputes acides sur des sujets insignifiants : répartition des corvées, visite de la belle-famille, position de la lunette de toilette, j’en passe. Le tout d’une insondable futilité.

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port saint-françois

dans l’orage
le hoquet de la verchère
contre le quai
les joncs couchés
l’anthracite de l’air
le cargo impassible dans le chenal
et subite l’éclaircie

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muet


À la mer, il y a le mugissement des vagues, qui enflent et s’abattent, en crépitant. La stridence des goélands. Le souffle du vent du large.

En forêt, il y a le froissement des fougères, sous lesquelles trottinent des bêtes. Le bourdonnement des insectes, le craquement des branches. Le gazouillis d’un ruisseau, roulant sur un tapis de cailloux.

Du bruit partout, nuit et jour, été comme hiver, jusque dans les coins les plus isolés.

Le silence vrai, pur, est une aberration.

Il n’y a que celui qu’on établit en soi.

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élémentaire

Lui : au bureau, j’ai un horaire hyper chargé, je cours comme un malade, alors, en rentrant le soir, crevé, je ne demande qu’à me divertir, regarder la télé ou, si je sors avec ma copine, ce sera pour voir un blockbuster ou un show d’humour, rien d'exigeant.

Moi : organise-toi pour travailler moins.

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paris-brest

Rue Sherbrooke, aux abords du parc La Fontaine. Lumière bouillonnante d’après-midi, que filtrent les grands arbres. Une vieille dame frêle, bien droite, en robe d’été, chapeau de paille, lunettes à monture d’argent, talons plats. Elle transporte une boîte à gâteau, qu’elle tient délicatement par le nœud du ruban. Souriant à l’avance du plaisir qu’elle va causer.

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tu


je t’aime comme on doute
dans l'étroit du danger
des tessons colorés
et danser

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commerce 101


Si ça coûte 0,99 $, c’est que ça ne vaut pas plus. Il n’y a jamais d’aubaine. Les marchands ne font pas la charité.

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foire

De loin en loin, les fumées bleues des grills, l’odeur du charbon, celle aussi de la saucisse, du poisson, du poulet. Sous les auvents, des meubles, des lampes, des chemises, des boucles d’oreilles, des DVD, des livres d’occasion, des descentes de bain, des slips, des casseroles, des puzzles, des draps, des chaussettes, des lunettes de soleil, des horloges, des coussins brodés, des bouteilles d’eau, du sirop d’érable, du parfum, des coqs de Barcelos, du fard à joues, du lait de soya, des espadrilles, des pinces à cheveux. Une femme oblige sa fille, qui n’en a manifestement pas envie, à jouer du violon, son étui ouvert au pied du lutrin. Une vieille dame promène son chien dans une poussette, comme un bébé.

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nécrologie

Quand j’aurai trépassé et qu’on viendra me voir au salon funéraire, dira-t-on que j’ai eu une vie heureuse et remplie, que j’ai réussi ?

Ah ! non, par exemple !

Expressions éculées, dont on ignore ce qu’elles désignent. Comment définir le bonheur et le succès ? On les mesure selon quels indicateurs, les vôtres ou les miens ?

Et, surtout, ce sont des formules simplistes, auxquelles ne saurait se réduire la complexité d’un parcours, avec ses détours et raccourcis, succession hétéroclite d’échecs et de victoires, de déceptions et d’émois, de lâchetés et d’imprudences. Mélange riche et sale, comme du fumier.

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filon

Exercices, diètes, plasties, vaccins, suppléments hormonaux. Bientôt, traitements génétiques.

Le thème du capital traverse même le corps, perçu dès lors comme un actif à faire fructifier, une ressource à exploiter et ménager, dans une optique de développement durable.

Objectifs, stratégies, gestion des risques. On ne réfléchit plus qu’en termes financiers.

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cash

On veut nous persuader que notre croissance personnelle coïncide avec celle de l’économie.

Notre accomplissement ne pourrait se réaliser que dans l’accumulation de biens.

Ce qu’on nous vend comme de la liberté n’est qu’un raffinement de l’aliénation.

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croquis

Un coiffeur prend une pause cigarette devant son salon. Il porte un maillot de latex rouge.

Attablé à une terrasse, un sidéen (la trithérapie lui a creusé les joues) mastique avec difficulté une biscotte. Son ami (conjoint ?) commande du foie gras.

Assis en Indien sur le trottoir, un ado mendiant gratte son banjo, un grand chien noir blotti contre sa cuisse.

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moine

L’âme, c’est l’ego qui enfile une robe de bure pour prétendre à l’immortalité.

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poucet

grain bloqué
dans le col du sablier
les mots retombent
comme des écales vides
l’ogre a croqué la noix

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privé

Un blogueur, qui étale sa peine sur le web (sa blonde l’a plaqué), se désole de l’indifférence à laquelle il se bute. Cruel manque d’empathie, geint-il. Espère-t-il vraiment de l’amitié de ses contacts ?

Pour ajouter au mauvais goût, il insinue que ses larmoiements d'intellectuel auraient davantage de noblesse que ceux des passagers du train de Josélito.

Oh que non !

On est tous dans le même wagon. On baisse nos culottes devant un parterre définitivement tiède, quelquefois agacé.

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tango

nous conjuguions nos verbes
salives mêlées
ventres tendus
prêts à sauter
nos éclats de rire trouaient les draps

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robin

C’est pas juste. On dit souvent ça quand on est petit. Comme si on avait une sensibilité innée aux inégalités, une allergie.

Cette colère politique spontanée devrait déterminer, il me semble, de belles carrières de redresseurs de torts. Pourquoi en croise-t-on si peu ?

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4 h 47


Le boucan des oiseaux me réveille. Ils rivalisent de virtuosité. Complètement déchaînés.

Derrière ces vocalises, il y a un formidable échange de données. Ça ressemble au SMS, au GPS, à Match.com. Il est question de nourriture, de territoire, de reproduction.

Ils vont quand même se taire lorsqu’à l’horizon, le soleil entre dans le ciel. Comme des courtisans s’inclinent devant le suzerain.

Je le mentionne parce que c’est impressionnant.

Et je me rendors.

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