contact

trafic

On a installé près de chez moi un casier à livres. On y dépose les bouquins dont on ne veut plus. En retour, on peut choisir parmi les titres qu’on y trouve.

Il y a de tout. Guides pratiques et fictions. Pour jeunes et adultes. En anglais et français.

Une Give Box, quoi. Socialisme primaire, et désintéressé. Collectivisme.

J’ignore qui a pris cette initiative. Je remarque seulement qu’on n’a pas cherché à favoriser l’échange de vêtements usagés ou d’ustensiles de cuisine, mais d’idées.

Transmission du plaisir de lire et de réfléchir. Contamination.

commenter

mai

Avenue du Mont-Royal, à la porte des restos et des bars, des ouvriers construisent des terrasses.

Dans le parc, deux garçons se lancent un frisbee. Dans la rue, les planches à roulettes se font entendre.

Armée d’un râteau, une femme nettoie son parterre. Un homme en tee-shirt graisse la chaîne du vélo de sa fille.

Changement de saison.

commenter

papillon

Après 10 ans de vie commune, il rompt. Métamorphose instantanée. Il perd du poids, semble rajeunir, tout sourire, ne s’est jamais autant amusé, détendu.

Si le célibat avait toujours cet effet-là, je serais irrésistible…

commenter

mare

Jour gris. Averse. Une grande flaque s’est formée dans une allée du parc, en partie défoncée. C’est là qu’ils se tiennent tous les quatre, chaussés de bottes de caoutchouc.

Les enfants portent un ciré. Jaune pour le garçon. Rouge pour la fille. Avec chapeau assorti. Ils pataugent avec entrain, font des éclaboussures, hilares. Frappent l’eau à l’aide d’une branche ou d’un bâton. Y plongent les mains, comme pour toucher leurs orteils. Accroupis, en scrutent la surface, continuellement criblée.

Les adultes, eux, discutent. Elle sous un parapluie, lui son capuchon rabattu sur le crâne.

Au bout d’un moment, les petits décrètent qu’ils en ont assez. La famille s’en va.

Ces parents méritent une médaille.

commenter

philo

Définissons le réel comme l’ensemble des conditions objectives qui s’imposent à nous, et auxquelles nous nous heurtons.

La nature, les éléments. Le froid, la chaleur, la lumière, l’obscurité. La faim, la soif, la peur. La succession des jours et l’alternance des saisons, la géographie, la météo. La maladie, la mort. La violence, la guerre. La convoitise, la barbarie, la bêtise, la cupidité. Millénaire.

La couleur du ciel. Les étoiles. Les cris des oiseaux. Les fleurs, les arbres, les bêtes. Les mers, les montagnes.

Admettons que nous n’avons aucun pouvoir sur lui, hormis une relative capacité technique à améliorer notre confort, réduire notre douleur.

Devant lui, nous ne pouvons ressentir que de l’horreur et de la joie.

commenter

poker


Il a 20 ans. Et croit qu’une entité supérieure (Dieu ? la Providence ?) décide de son destin, qui lui apparaît aussitôt comme un rébus à résoudre. Un code à décrypter. Quelle main lui réserve le grand croupier ? A-t-il de l’atout ? Comment abattre ses cartes ?

Ce qui désole, dans la superstition, c’est la dépossession consentie.

commenter

rimbaud

Biologiquement, nous procédons d’un assemblage de caractéristiques héritées de nos parents et que nous pouvons transmettre à notre tour.

De même, tout au long de notre vie, nous ne faisons que relayer de l’information.

Pétris d’influences, nous représentons une civilisation, une culture, témoignons d’une histoire, véhiculons une idéologie.

Nous répercutons des formules, les amplifions, apportons comme nôtres des arguments entendus, volontiers ambassadeurs des causes que nous embrassons, des valeurs auxquelles nous adhérons, des mouvements, parfois ténus, avec lesquels nous sympathisons.

Pourtant, chacun revendique avec énergie son unicité, sa singularité. Sa subjectivité.

Comment ne pas y voir un leurre, alors qu’en définitive, je est une somme ?

commenter

péremption

On le sait, l’avancée en âge se résume à un dépouillement graduel. À la lente érosion de nos capacités et facultés, de ce qui soutenait jusque-là notre identité.

Ce rétrécissement paraît peu compatible avec la pratique de l’artiste, qui a l’outrecuidance de croire ses affects et lubies dignes de l’intérêt d’autrui. Qui fait preuve, en tout cas, d’une haute estime de sa personne.

Disons-le autrement. La création suppose un surdimensionnement de l’ego. Et la vieillesse, sa dissolution.

Dès lors, la question se pose : quand doit-on arrêter d’écrire ?

commenter