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maya


La fin du monde. On nous l’annonce tous les soirs, aux actualités, quand on nous parle d’austérité, de récession, de fermeture, de coupure.

De cultures et de langues en voie d’extinction. D’espèces de poissons, d’insectes, ou d’arbres rayées de la surface de la planète.

Elle a lieu chaque fois que j’achète un produit non équitable et non biologique. Gaspille une feuille de papier. Me brosse les dents en laissant couler l’eau.

J’en suis, nous en sommes la cause. Le détonateur.

D’où notre défiance à l’égard de nous-même, et du futur. Le concept de progrès est d'ailleurs intenable. Plus rien ne nous pousse en avant.

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sarcophage

Une chroniqueuse, versée dans la guimauve et le prêt-à-liker, vante la thérapie dernier cri : pour chasser les idées moroses, rien de tel que de simuler son propre enterrement, en se laissant enfermer, momentanément, dans un cercueil.

Adoptant une variante, elle s’enveloppe 5 minutes par jour, dit-elle, dans un linceul de laine, en position fœtale, les écouteurs de son iPod sur les oreilles.

Pauvre sotte.

C’est dans le renoncement, et non en se dorlotant au son d’une berceuse, qu’on apprend à partir.

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dsl

Pardon. Je ne puis prendre part à vos conversations d’ascenseur, de couloir.

Je n’ai pas de télé, n’écoute pas la radio, n’attrape jamais le journal gratuit qu’on me tend à l’entrée du métro.

J’aime la neige. N’achète pas de cadeaux de Noël. La grève du hockey m’indiffère.

Je ne sais que vous dire.

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amen

Dis-moi quoi penser, quel dieu implorer, pour qui voter, combien investir, quand vendre, quoi consommer, ce qui me va bien.

Quelle cause épouser, comment décorer ma maison, quels amis fréquenter, quoi manger, qui applaudir, à quelle heure me mettre au lit, quels livres apprécier.

Ordonne-moi.

Prends des risques à ma place. Épargne-moi des choix embarrassants. Et délivre-moi de la tentation d’exister pleinement.

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clap

Une Love Story gaie. Déchirante et audacieuse, selon la réclame. Les spectateurs (des hommes, en presque totalité) qui ont assisté à la séance en ressortent remués.

Auraient-ils la larme à l’œil si les deux acteurs principaux étaient moins mignons, leurs corps moins parfaits, l’éclairage de leurs ébats moins léché ?

La beauté, au cinéma, nous disqualifie. Humiliante. Inaccessible. Nous pleurons parce qu’elle nous exclut.

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solstice

Toutes ces ampoules de Noël, multicolores, brillantes, scintillantes. Suspendues au-dessus des rues marchandes, accrochées aux branches des arbres, aux lampadaires, aux façades des immeubles, aux frontons des temples. Dans les vitrines des magasins. Aux portes et fenêtres des maisons, aux balcons, aux rampes des escaliers. Le long des corniches. En guirlandes, en couronnes, en tresses, en boucles. Autant de bougies, de flammes.

Pourquoi cette frénésie, cet étalage, cette cascade de mégawatts ?

Pour prolonger le jour, déjà trop court, démoralisant, et réaffirmer la conquête du feu, suppléer au soleil lui-même, repousser la nuit, l’obscurité, le froid. Exorciser les ténèbres.

C’est notre peur de la mort qui s’exprime.

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musak

Dans le bus, deux femmes discutent de leurs récents achats de livres. À l'évidence, elles aiment le dépaysement. Veulent être transportées vers d’autres horizons, dans d’autres siècles, distraites de leur ordinaire, de l’indice des prix à la consommation, de la guérilla de bureau, de leur repousse.


Le lecteur, le vrai, accepte (exige) que le roman le déstabilise, le choque, voire l’oblige à reprendre à la première page, sans comprendre peut-être (et puis après ?), écartelé, sans repères, dépassé.

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