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crématorium

Entendu aux funérailles d’un gai décédé dans la trentaine : Il était équipé pour veiller tard, mais pas pour vivre vieux...

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glouglou

Complaisance dans le malheur, apitoiement sur soi (longtemps alcoolique, j’en connais un rayon là-dessus) et rancune (aussi appelée dramatisation).

Ce sont des ancres/encres qui tirent l’écriture vers le fond et la noient. Du moins, pour moi.

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prison

Rilke a raison : pour évoluer, il faut fuir. Car nos proches ne nous permettent pas de changer.

Si je me pointais chez ma mère, elle me servirait du bœuf haché. Et je suis désormais végétarien.

De l’avis de plusieurs, je demeure celui que j’ai été, sans plus : arrogant, irrévérencieux, diva.

Même périmée, ou partielle, une étiquette est beaucoup plus commode qu’une réalité mouvante.

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iota


Le présent est le mur de papier qui nous sépare de nos morts.

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prière

Chat perdu. Gardienne. Vente de garage. Homme à tout faire. Local à louer. Café philo. Cellule anarchiste. Concert underground. Expo.

Affiches photocopiées.

Scotchées sur les lampadaires, les poteaux, les boîtes des Postes, les supports à bicyclettes, les armoires de contrôle de feux de la circulation.

Délavées par la pluie, et le soleil, ballottées par le vent. Illisibles.

Elles s’effilochent, se décollent. Lambeaux dispersés.

De nos jours, les romans sont aussi éphémères.

Peut-être y a-t-il quelqu’un, quelque part, qui a perçu entre mes lignes des secousses de son propre effroi, et pris mes mots comme siens, au creux de sa main, avant de repartir dans sa nuit.

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crash


La littérature. Elle nous arrache les paupières, nous tient les yeux ouverts, braqués sur l’imprécision du vide, sur ce trou de lumière resplendissante, qui consume tout.

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marbre

Ma voisine se désole de l’état de son père, dont les capacités diminuent. Cœur usé, arthrite, diabète, incontinence, mémoire défaillante. Il se renferme, titube du lit au fauteuil, cuisine sommairement, n’assure que le minimum d’entretien ménager.

Nos parents, avec l'âge, nous montrent le bout de la route, qu’on aime mieux ne pas voir.

De plus en plus immobiles, ils se préparent à ce que la mort les pétrifie pour de bon.

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messie

Les salaires, bonus et primes des pdg de grandes entreprises flambent.

Ce qui scandalise, outre les sommes pharaoniques en question, c’est l’idée monarcho-libérale sous-jacente, voulant que le patron ait infiniment plus de valeur que ses employés.

Le président, que ses électeurs. Le pape, que ses ouailles. Le chef, que ses supporters.

Comme si le sommet, davantage que la base, était indispensable à la cohésion de l’ensemble.

Comme si nous leur étions redevables de tout, alors qu’ils ne sont rien sans nous.

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alléluia

L’église de ma paroisse loue ses clochers (oui, oui) à une société de télécommunications, qui y déploie des antennes relais cellulaires.

O tempora, o mores…

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hédonisme


Il y a une jouissance presque criminelle à sortir sur son balcon, dans le soleil pesant de midi, pour ramasser une tomate, ou un poivron, qui agrémentera le lunch.

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hum

Langage quasi animal, qui tient du murmure, du soupir et du gémissement.

Un son indistinct, formé, et émis bouche fermée. Un grognement, quoi. Semblable à celui qu’on laisse fuser dans le plaisir (de manger, boire ou faire l’amour).

Selon sa modulation et son étendue, il revêt une multitude de sens.

Attendri : Hon, que c’est donc cute… Outré : Mon Dieu, quelle abjection !

Surpris : Ah, je n’avais jamais pensé à ça ! Adverse : Ouais, cause toujours…

Tantôt ronronnement. Tantôt ronchonnement.

À partir de mon expérience, il me faut avancer que ce sont surtout des femmes qui éprouvent ce besoin de réagir en aparté à ce qu’elles voient et entendent.

Dans une réunion, une conférence, une assemblée publique, passe encore.

Pendant une représentation au théâtre ou au cinéma, ça devient franchement emmerdant.

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chut


À son retour de Gaspésie, ma tante m’envoie un courriel au sujet de mon père, inhumé là-bas : Il repose dans un bel endroit.

Il est bien le dernier à le savoir...

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ti-loup

De sortie avec deux copains, un garçon s'étonne : Personne ne s’attache à moi ?

Il suggère en fait d’enchaîner leurs vélos au sien, contre le lampadaire.

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friction

Dans la rue. Volée de bois vert.

Une jeune femme engueule son chum comme du poisson pourri. Le traite de tous les noms. Innocent, sans génie, moron, lobotomisé. Avec une agressivité inouïe. Dérangeante.

On accepterait mal qu’une mère parle comme ça à son enfant. Ou un adulte, à une personne âgée.

Entre conjoints, c’est correct. Apparemment.

Il y a dans le couple cette coexistence des extrêmes. Le désir le plus torride et le mépris le plus sec. Le mot le plus doux. Et le sarcasme le plus cinglant. Miel et fiel.

Prix de l’intimité ?

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bof

Mes fenêtres donnent sur un petit parc, où il y a des balançoires, toboggans et autres appareils de jeu, de grimpe, d’escalade.

Des trâlées d’enfants y viennent, de la garderie à la prépuberté, avec leurs éducatrices, leurs moniteurs (trop exubérants), leurs parents.

À longueur de journée, je les entends. Gazouiller, babiller. Geindre, chigner. S’interpeller, se chicaner, se défier. Chanter à pleins poumons. Scander des cris de ralliement. Hurler d’excitation, ou de chagrin.

C’est la bande originale de mon été.

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solo

Au téléphone, ma sœur me demande : Vieillir tout seul, ça ne te fait pas peur ?

Non.

Je pourrai placoter avec l’épicier. Le quincaillier. Le serveur au restaurant. Le guichetier au cinéma. La pharmacienne. Le dentiste.

Dans Hacker, j’écrivais déjà : Je n’ai pas d’amis. Seulement des fournisseurs.

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grano

J’enfourche mon vélo. Roule jusqu’au marché public. Où j’achète des fruits et légumes bios. Que j’entasse dans mon sac réutilisable. Sur lequel sont épinglés mon carré rouge et mon macaron de Québec solidaire.

Full folklore.

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toc toc

On me pose des lapins.

Je laisse des messages. On ne me rappelle pas.

Les bouteilles que je lance à la mer coulent à pic.

Sur le sable, mes pas ne font même plus de bruit.

Comme si j’étais mort.

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coquetel

Dans une soirée, une amie me présente à un jeune homme.

Mario est un auteur, qui a publié une douzaine de titres. Une plume sans pareille. Une écriture…

L’autre me toise, avec l’air de penser : s’il était aussi bon, la télé l’aurait dit.

Que pouvez-vous contre ça ?

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