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flou

L’écriture falsifie plus ou moins ce qu’elle rapporte. Le tamise, le décante. Elle n’est qu’une somme d’approximations, de métaphores. De louvoiements, d’arbitrages. Mélange de fougue et de calcul.

Le strip-tease n’est jamais abouti. Le nu, jamais intégral. Ce serait trop incriminant.

Le prodige tient à ces chaussettes qu’on ne retire pas. Le maléfice aussi.

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jouvence

Les hommes pensent rajeunir en s’amourachant de fillettes. Leurs épouses, en jouant les mamies gâteau, maternant de nouveau.

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harlequin

Une septuagénaire rancie (je ne vois pas d’autre mot) tente de regarnir ses coffres en publiant le récit de son grand amour, connu sur le tard.

La personnalité exécrable de l’auteure et la niaiserie même de la proposition me dissuadent de le lire. Je me fierai donc à ce que les journaux en ont dit.

Elle ne traite pas des écueils qui ponctuent l’avancée en âge : le pouvoir de séduction qui s’amenuise, la beauté physique qui s’altère, tout comme la sexualité, le poids des déboires.

Non, elle veut seulement nous faire croire à un conte de fées : voilà l’homme que le destin lui réservait.

Fantasme de collégienne.

À chaque guenille son torchon, quelque part, tôt ou tard. Vous trouverez, nous assure-t-elle, chaussure à votre pied.

Et qui dirige cette agence de rencontres planétaire ? Le bon Dieu (qui n’existe pas) ? Madame Minou ?

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ogre

Chez l’homme, le nouveau-né n’a qu’une hâte : porter le monde à sa bouche. Il veut tout goûter, que ce soit comestible ou non, le sein de sa mère, sa doudou, les clés de la voiture, la terreau des plantes.

Quel autre mammifère agit de la sorte, sans d’abord renifler ?

Cette oralité, si impérieuse, a une connotation péjorative, parce qu’elle renvoie à notre animalité. Mastiquer comme une vache. S’empiffrer, se goinfrer comme un porc. Laper comme un chat. Ronger comme un chien.

À la télé, les émissions culinaires se focalisent sur la manipulation des ingrédients, on déguste si peu, au générique, en chipotant, sobrement.

Dans le Temps des bouffons, caricature de la gloutonnerie néocolonialiste, Pierre Falardeau nous convie à un banquet du Beaver Club : visages rougeauds, congestionnés, joues remplies, babines luisantes de gras.

Les Windsor l’ont compris : il est interdit de les photographier ou filmer pendant qu'ils mangent.

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tumulte

L’immobilité du présent, qui renferme notre mort, est un péril.

Nous nous dépêchons d’y faire se mouvoir choses et pensées.

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requiem

Au salon funéraire.

Il paraît bien. Il est mieux là où il est. Enfin, il se repose. Il n’a plus mal.

Voyons !

Un mort ne sait pas qu’il ne souffre plus.

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hérédité

Pas davantage que mes sœurs, et pour des motifs tout à fait distincts des leurs, je n’ai voulu ressembler à notre mère.

Seulement, on ne peut se définir à l’encontre de quelqu’un : à trop s’en défendre, on finit par s’en imprégner.

Aujourd’hui, je me désole de reproduire ses comportements, qui heurtent mes principes.

Comme elle, je manifeste ma tendresse par des cadeaux, des repas. Comme elle, j’accorde parfois plus de prix aux objets qu’aux êtres.

Comme elle, je m’enferme à double tour la nuit. Et répugne à m’éloigner de la maison, ne serait-ce que quelques heures.

En route vers le cinéma, par exemple, il m’arrive même de revenir sur mes pas pour vérifier si j’ai bien verrouillé, ou débranché la bouilloire, si les ronds de poêle sont éteints. Ce qui m’attire les railleries de mes amis…

Qu’est-ce que je redoute en m'absentant ? De rater un coup de téléphone ? Une visite ?

Comme elle, j’attends le retour de mon père, pourtant mort et incinéré.

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