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souvenir

Nous, on ne t’oubliera pas. Les bibliothèques conserveront tes livres, et ton nom.

Mais comment y prendre plaisir une fois mort ?

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lèpre

Je ne suis pas celui auprès de qui on s’assoit dans le bus ou au cinéma. Ni celui à qui on parle dans un bar ou une soirée. À ma vue, les bébés grimacent.

Je dégage quelque chose de malsain ?

Déjà, à l’école, mes camarades m’évitaient. Parce que chouchou de la prof. Parce que fils du divorce.

Hideux ? Démoniaque ?

Selon certains, je serais trop. Trop. Austère. Pointilleux. Caustique. Intransigeant. Intense.

On peut m’accuser de tout, sauf d’hypocrisie.

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banque

Deux jeunes filles à la sortie de la succursale.

(Trottinant, rivée à ses textos.) J’ai comme attendu, pour l’autre caissière, je la trouve comme, plus brand. Plus brand ? Oui, t’sais, genre (légers moulinets de la main), comme plus… Ah ! oui, ok…

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quiz

Qu’est-ce qui vous est rémunéré, aux deux semaines ? Votre hardiesse ? Ou votre docilité ?

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bluff

Ils plastronnent, fanfarons. Se pavanent, se rengorgent. Infatués. Des paons.

Lorgnent les filles avec concupiscence. Des mufles.

Effectuent des placements. S’époumonent six mois par an : Go, Habs, go. Fervents partisans. Des ânes.

Chargent une nanny de bercer leurs bouts de chou.

Partent en vacances dans le Sud.

Tondent leur gazon. Taillent leur haie. Astiquent leur multisegment, aux petits soins, le cirent, le polissent, nickel. Paient l’essence sans broncher. La brûlent dans les bouchons.

Blockbusters et festivals d’été.

Organisent des barbecues, et se prélassent dans leur spa à l’eau chlorée. Boivent, rotent et pètent.

Ne sentent-ils jamais la mort leur souffler dans le cou ? 

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rayons x

C’est plus fort que moi. Partout, maintenant, dans la rue, au bureau, au resto, je ne trouve en chacun que le sujet qui doit mourir, et ne le voit pas.

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pauline


Le midi, on partait de l’école pour manger à la maison.

Ma mère, qui écoutait les Joyeux troubadours, avait noté leurs meilleures blagues sur des fiches en carton, qu’elle gardait près de son assiette, et nous les servait avec le repas.

Le plus souvent, ça tombait à plat.

C’était quand même touchant : rare moment où elle s’efforçait de nous amuser.

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fiasco


Il m’arrive de rêver de Gab. Il n’a pas vieilli. Moi, si. Il m’apparaît tel qu’il était, rieur, rempli de vitalité. Sensuel.

Mais toujours à la course, entre deux portes. Il m'esquive. Il me planque. Encore. En boucle.

Je me suis relevé de sa mort. Pas de notre rupture, quelques années plus tôt. Pas de cet échec.

Amour-propre amoché.

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trio

Nous avons trois âges.

Le véridique, celui de nos artères. Celui de la blessure ancienne, initiale, fondatrice. Enfin, celui de notre plus grand bonheur.

Mon engagement. En vieillissant, pour éviter la distorsion, tâcher de rendre c égal à a.

Ainsi, relativiser b.

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matinée

Des quinquagénaires, deux hommes, une femme, accoudés au bar du théâtre, avant la représentation.

Qui a les billets, c’est toi ? J’ai parlé à Jeanne, j’ai insisté, mais elle ne veut pas sortir, elle pleure tout le temps. Comme une Madeleine. Je me tracasse pour elle, elle ne sait rien faire, c’est Paul qui s’occupait de tout. Son fils était prêt à la recevoir, une semaine ou deux, pour ne pas la laisser toute seule, elle a refusé. Je la comprends, il manque tellement de fini, ce pauvre garçon. Sa conjointe aussi. Qu’est-ce qu’on vient voir ? Une troupe de Français. Ce n'est pas dans la saison régulière. Tu as le programme, toi ? Ah ! tiens, il y aura de la musique en direct, ça va être plaisant. Dans la première scène, un jeune couple s’immole par le feu. J’espère qu’ils ont des extincteurs en coulisses. On crève de chaleur ici. J’ai eu un courriel de Robert, son avion était en retard d'une heure et demie, il était certain de rater sa correspondance, eh bien non ! ça s’est bien déroulé, finalement, il est à Rome. Mes cheveux sont tout croches, qu'est-ce qu'ils ont, donc ? Le resto ce soir ? Tu as réservé notre table ? À quelle heure ? Demain, je passe vous prendre pour le brunch ? Nous serons combien ? Tu nous prépares ton fameux jambon ?

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célibat

En rentrant, ne plus lancer : C’est moi. Ne plus téléphoner pour dire qu’on sera en retard. Ne plus entendre : Je suis là.

Univers mat, sans réverbération. Aucun sonar ne nous détecte. Comme si nous n’existions pas.

Océan sans fond.

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gabriel

Pendant des mois, après son enterrement, son image d’agonisant m’a obsédé. Surgissant n’importe où, n’importe quand. La nuit, le jour. Dans le métro ou la rue, au travail. Son visage émacié, pommettes saillantes, déjà une tête de squelette. Ses yeux creux, dans l’eau, s’écarquillant à la dernière seconde. Son abandon quasi enfantin devant la mort.

Je me suis longtemps senti coupable. Si nous l’avions mieux soigné, entouré, compris, dorloté, il se serait accroché.

Mais voilà, ma défense contre la perte (repentir, exhortation, ultimatum) reste sans effet, puisqu’il n’y a pas de retour possible.

Deuil insoluble.

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ingrat

On n’est pas tenu de supporter les siens. Ceux auprès de qui on a grandi.

Il faut en finir avec la notion, tellement trop religieuse, d’attachement, de reconnaissance, de loyauté. De concorde.

Qu’un homme et une femme décident d’engendrer n’entraîne d’autre devoir que le leur, qui est de nourrir le petit.

Je ne suis pas débiteur de mes parents.

Ma mère n’a visité aucun de mes appartements, sauf un, peut-être, parmi les premiers. Elle ne sait pas dans quoi je vis ni comment. Elle se fiche complètement de ce que je pense, de ce en quoi je crois. Ça ne l’intéresse pas, c’est son droit, et je n’ai guère d’affinités avec elle.

D’ailleurs, n’est-ce pas à l'extérieur de la famille qu’on apprend à aimer ?

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