contact

credo

L’autre soir, dans les allées du parc, tandis que j'attrapais, courbé, des emballages de bonbons ou de paquets de cigarettes pour les porter à la poubelle, un garçon m’a aperçu, de loin ; arrivé à ma hauteur, il m’a décoché un joli sourire et dit : « Merci. » Ça m’a remué.

Je crois à l’imitation, à la propagation, à la contagion virale. Tache d’huile. Boule de neige.

La règle des six degrés de séparation (selon laquelle il existe entre vous et n’importe quel autre humain une chaîne de relations d’au plus cinq personnes) est revue à la baisse, réseaux sociaux aidant. Petite planète. Village global.

Chaque geste compte, rien n’est infertile. Je fais mien le constat mathématique de Pascal : « Toute la mer monte pour une pierre qu’on y jette. »

commenter

flash

Une femme quitte le cabinet de son médecin, qui lui a diagnostiqué un cancer.

Un homme grimpe dans sa voiture, il a passé la nuit à l’hôpital, au chevet de sa mère, droguée, morphine.

Un homme (un autre) erre sur la berge du fleuve, après y avoir dispersé les cendres de son fils.

En rentrant, ils trouveront sur le paillasson une circulaire criarde leur intimant de courir à la pharmacie parce que les croustilles sont à 2,99 $.


La mort est une ampoule de 200 W, inexorable, qui éclaire l’insignifiance de notre agitation.

Il y en a qui décident de rester dans cette lumière-là.

commenter

$

L’argent de la guerre, du totalitarisme et de l’exploitation sort de nos poches.

Fortes de nos placements, les banques spéculent et, quand leurs magouilles foirent, c’est avec nos impôts que les gouvernements les renflouent.

Fortes de nos deniers, les entreprises dont nous vénérons les marques peuvent entraver la syndicalisation de leurs employés, ou briser leurs détracteurs à coup de poursuites multipliées.

Le monde tourne mal parce que nous lui en donnons les moyens.

commenter

baratin

Ils pullulent, prédicateurs de croissance personnelle, suppôts de la pop psycho, apôtres de la thérapie à deux sous.

Ils vous diront qu’on peut vieillir dans le bonheur et la santé, et même jouir d’une sexualité harmonieuse, gratifiante. Ne les croyez pas.

Ils essaient de désamorcer le grand âge, bénin à les entendre, jamais de pépin.

Ils ont le toupet d’affirmer qu’un gain spirituel atténue chaque dégradation corporelle (et elles sont nombreuses). Qu’un renouveau pallie chaque deuil. Bullshit.

Pas plus que l’enfance ou l’adolescence, la vieillesse n’est stéréotypée, monolithique. On la traverse à sa manière, avec ce qu’on a. Idyllique pour l’un, abominable pour l’autre. Le plus souvent, médiocre, et fade, ardue.

Une chose est sûre : ce qui nous a été accordé (prêté) nous est repris, retiré, jusqu’au dernier centimètre cube d’oxygène.

Il faut vivre dans la conscience de ce tarissement.

commenter

caliméro

Dans une entrevue parue il y a une dizaine d’années, je m’élève contre la dictature de l’apparence. Car nous confondons enduit et noyau, et exagérons le prestige de séduire.

Nous nous entichons de petites crapules, qui ont une belle gueule, et une grosse queue.

Mais comprenez-moi bien. J’aurais voulu être des leurs, vers qui convergent toutes les convoitises et qui n’ont rien fait pour le mériter.

J’endosse le premier le système que je décrie. Et le conteste par dépit. Parce qu’il me lèse, me pénalise.

Au moins, je le sais.

Outre l’autodérision, quelles issues ? Le bistouri ? La balle dans la tête ?

commenter

grille

Sommaire des émissions.

Orgie de téléréalités. Concours de confection de gâteaux de noces, de design intérieur, d’arts visuels, d’amitié même. Hostilité. Médisance. Désobligeance. Élimination discrétionnaire. Allégorie du despotisme, de la tyrannie.

Sport. Football, hockey. Bagarres, échauffourées, commotions. Boxe, lutte, full-contact. Sur le ring, en cage. Affronter, vaincre, tailler en pièces.

Course auto, F1, moto, régate, skateboard. Acrobatie. Témérité. Testostérone.

Documentaires historiques : apologie des militaires, bravoure, patrie. Droite républicaine, Pentagone, armement. Industrie lourde, acier.

Égale louange de la police : enquêtes, médecine légale, FBI. Manichéisme attendu. Le bon, le mauvais, le cowboy et l’Indien, le gendarme et le voleur. Conformisme. Statu quo.

Le petit écran est-il le calque de ceux qui le regardent ou de ceux qui le financent ?

Pétrolières, constructeurs auto, empires du fast-food, ténors du mégastore…

commenter

s.o.s.

Personne ne lit, mais tout un chacun écrit.

Combien de vocations naissent abruptement dans la dèche ? Le mauvais comédien qui, à sec, a repris son tablier de serveur dans un bistro, l’animatrice déchue en mal de publicité, l'athlète retraité qui rechigne à s’éloigner des feux des projecteurs.

Rien ne nous est épargné. Mes proverbes favoris, ma pensée positive, mes trucs pour rester jeune, mince, et hot. Mes chiens, mon tricot, mon aquarelle. Ma fondation caritative.

Autobiographies, récits de toutes sortes. Ma faillite, ma dépression, mon combat contre le cancer du testicule gauche (le plus virulent), ma chirurgie, mes spasmes intestinaux, mon herpès génital. Un visage connu tirera trois tomes d’une éraflure, d’un bouton d’acné.

Cet ouvrage, qu’ils signent sans en être les auteurs, ils s'y cramponnent, dans une ultime tentative pour éviter le black-out. L’oubli.

Dernier signal de détresse lancé au public : aimez-moi. À la télé : parlez de moi. Aux producteurs : engagez-moi.

Du livre comme offre de service.

commenter

dégringolade

En finir avec les étoiles, les champions, les prophètes. Les pontes, les bonzes, magnats, barons, capitaines, mandarins, potentats. Leaders.

Les podiums, les palmes. Les galas, trophées, médailles, rosettes, rubans, lauriers. En finir avec le mâle alpha.

On a tous un cul. On va tous mourir.

commenter