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tempo

Touche-à-tout zigzaguant du théâtre à la cuisine, de l’écriture au cabaret. Pourquoi, de nos jours, s’ensevelir dans une discipline ?

À la télé, lance que vieillir et crever, ça lui flanque la trouille. Comprend mal ces passages obligés.

Cafouillage de l’animatrice, pourtant réputée pour sa répartie. Ça finit en queue de poisson. Si on parlait chiffons ?

Ce qui rend l’hiver pénible, c’est l’auto.

Ce qui rend la mort scandaleuse, c’est l’ego.

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arroseur

Une chanteuse. Confesse son sentiment durable pour son ex, qui l’a plaquée pour une plus jeune, plus mince. Sans rancœur. Prie chaque jour pour lui.

Une chanteuse. Une autre. Proclame, certifie qu’elle ne fera jamais, jamais, jamais le deuil de son homme, qui a expiré dans ses bras, après une interminable maladie.

Pauvres imbéciles, me suis-je dit. Incapables de tourner la page. De laisser le passé s’enfoncer dans l’oubli.

Quelques jours plus tard, je suis tombé par hasard sur une photo de Gab, mon dernier mari, mort il y a 15 ans.

Je me suis mis à brailler.

La paille et la poutre.

C’est toujours le même pattern : aimer plus après que pendant. Ne pas rompre.

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karma

Deux auteures québécoises. Fulminantes.

Comment ose-t-on, peste l’une, la mettre au monde sans préavis, et lui attribuer un corps sans son approbation ?

Voilà, certes, de fort vilaines manières. Oui, une consultation s’impose. Que dis-je ? Un référendum.

La deuxième, ulcérée, souffre de voir ses amis succomber, tandis que de parfaits salauds pètent de santé, et dénonce cette injustice criante.

Bienvenue au club.


À les lire, on a envie de s’insurger, je ne sais pas, contre la couleur de la terre ou la loi de la pesanteur, bref, d’épouser une cause valable, de mener une lutte réaliste, de faire œuvre utile, comme elles.

Pourquoi se cogner la tête contre l’immuable ? La littérature ne devrait-elle pas, militante, recenser les possibles ?

La question me turlupine d’autant que beaucoup d’écrivains, par paresse ou mélancolie, affectionnent étrangement le passé, pour le transfigurer, le revisiter, le réécrire, le garder vivant.

Mais n’est-ce pas plutôt le présent qui en a besoin ?

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clivage


La mort est à l’origine de la culture. Qui s’efforce de l’embellir, de la mitiger.

Les tombes ont été les premières galeries d’art.

Double fonction : couvrir (le corps en décomposition) et montrer (l’emplacement de la sépulture).

Tumulus, caveaux, cénotaphes, gisants, pyramides et sarcophages, mausolées.

On y plaçait des objets usuels, bijoux, et denrées, qui accompagnaient le défunt dans l’autre monde.

Quelle dilapidation, s'est-on tout de même indigné. Pour y mettre fin : la représentation par le dessin, le modelage, l’écrit.

A priori, une toile coûte moins cher que ce qu’elle donne à voir.

Avec ses amulettes, fétiches, incantations, ses masques, la magie (sorcellerie, chamanisme) cherche aussi à conjurer la fatalité, la neutraliser. Ancêtre du music-hall. Et de la philosophie.

Mais la vie est du côté de l’économie, qui régule la reproduction, en stigmatisant l’inceste. Tabou unanime.

Concède à une autre tribu la virginité de ta sœur, de ta fille. Du coup, tu gagnes un allié et de nouveaux comptoirs.

Fais des enfants, assure la lignée. Conquête, progrès, richesse, idéaux...

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plateforme

Au 3e millénaire, avec l’explosion de l’information, la politique n’est plus possible. Elle atteint son plus haut degré d’ineptie.

Que du marketing. Sans répercussion.


Il y a d’autres pistes. Heureusement.

La désobéissance civile. Le boycott. La simplicité volontaire. L'objection à la croissance.

L’économie citoyenne. La corvée. Le troc. La coopération. L’agriculture en ville.

L’action locale. L’embellissement, la propreté. Le bon voisinage.

Le small housing, l’autoréduction des heures de travail. La philanthropie de proximité.

Le rejet de la pornographie. La probité. Le pacifisme.

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nus

Deux garçons, ils sont amants, et vivent dans un espace pas plus grand que mon salon.

S’interdisent d’acheter de nouveaux vêtements, tant que les leurs restent présentables.

Ont banni le téléviseur. Suspendu leur connexion à internet cet été.

Végétariens. Recyclent et compostent.

Vélo. Transport en commun. Petite voiture pour l’autoroute.

Frugalité de vieillards. Et pas de hargne dans la restriction.

Cet allégement de l’empreinte, ce délestage est attenant au travail du deuil.

Accord avec la vie (et la mort) inusité à leur âge.

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tolérance

Cette semaine, mon ami Louis, prof au primaire, a fait un double coming out : devant ses élèves, puis leurs parents. Accueil poli, tiède, quasi indifférent.

Il ne pouvait pas se taire.

Quoi qu’en pensent de petites pédales frileuses de la télé, nous avons, gais, un devoir de transparence.

Parce que la barbarie n’est jamais loin.

Parce qu’il y a déjà trop de duplicités autour de nous. Et trop de faux hétéros dans vos lits, mesdames.

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911

Depuis une semaine, on nous bassine avec le 11 septembre. Pourquoi ne commémore-t-on pas le génocide rwandais, le massacre de Srebrenica ?

D’abord, parce que les Américains sont de mauvais perdants, qui martèlent leur bravoure dans l’humiliation.

Ensuite, parce que la chute des tours est télégénique. Catastrophe hollywoodienne à son apogée : titanesque, esthétique et aseptisée.

Jamais de morts. Pas de cadavres. Ni de charniers. Juste de la poussière. Fumée.

On ne saurait trouver mieux. Visa général.

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katou

Il avait 17 ans, et moi 20, quand je l’ai croisé dans un bar, invité à l’appartement.

Tout mignon, frisotté, il habitait avec les siens, étudiait la coiffure. Me rejoignait après les cours, et le week-end.

Lentement, subtilement, s’enracinait. Un jour, j’ai constaté que ses bobettes emplissaient un de mes tiroirs.

Premier mari.

Beaucoup plus tard, souffrant du sida et d’un gros chagrin d’amour, il s’est enlevé la vie. Médicaments.

Certains m’ont demandé : a-t-on le droit de se suicider ?

Of course.

Comme celui d’interrompre quelqu’un qui parle. De ne pas finir son assiette. De sortir avant l’entracte. D’abandonner un livre. De se lever d’une civière.

Personnellement, je n’y suis pas enclin : chez moi, la curiosité l'emporte sur le dégoût.

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athée


Il n’y a rien de plus érotique qu’un enterrement. Ça vous booste la libido, plus sûrement que le sport et la dépense physique.

Quand la faucheuse rôde, on fait des bébés. Pour compenser.

J'ai établi la corrélation à 13 ans, à la mort de ma grand-mère.

Trois jours au salon funéraire. Chaque nuit, je me masturbais plus frénétiquement qu’à l’accoutumée.

L’idée que, d’en haut, elle puisse me voir me rebutait.

Aussi ai-je cessé de croire…

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