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spleen

Héraclite a tort. La Rochefoucauld itou. La mort se regarde en face. C’est l’essence de la dépression.

Il y a dans cette débâcle (déroute, débandade), dans cette déchéance, une solitude absolue. Impériale. Un essoufflement propice, salubre. Prélude.

Grandiose fenêtre sur le néant, sans voile ni filtre.

Détachement suprême. Dépouillement achevé. Liberté sans réserve.

Ensuite seulement, nous pouvons adopter nos geôliers. Sans être dupe.

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délit


Je suis d’une honnêteté qui confine au crétinisme. Si une caissière commet une erreur à mon avantage, je la lui signale.

Si un client me paie deux fois la même facture, je lui retourne le second chèque.

Je ne bouge jamais de mon siège, même s’il reste dans la salle de meilleures places, invendues et plus chères.

Il me semble que la vie s’améliore dans le scrupule.

Qu'on bafoue les règles les plus anodines, couper une file, se garer en double, traficoter, chaparder des babioles dans une pharmacie, m’a toujours agacé.

Infractions mineures, mesquines, égoïstes. Stériles.

L’insubordination, la vraie, n’est pas de brûler un feu rouge. C’est de ne pas avoir d’auto. De cell. Ni d’ordi.

Qui va s’y résoudre ?

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people

J’ai visité le site d’un jeune écrivain, dont je tairai le nom, par charité chrétienne. Il a voulu faire ce métier, c’est clair, comme on s’inscrit à Got to Dance : pour gagner. Se propulser au sommet. Entrer au panthéon.

Sa série fantastique allait détrôner Harry Potter. Pas moins. Comme de raison, ça n’a pas marché.

Davantage prosaïque, un brin amer, il utilise aujourd’hui son blogue pour publier, chapitre par chapitre, un guide du romancier en herbe : comment mettre en page son manuscrit, le soumettre, assurer la promotion de son ouvrage, etc.

Incidemment, une question jaillit : pourquoi suivre un si piètre exemple ?

Pour lui, la vente est le seul et unique indicateur du succès. Dérisoire. Et on n’apprend de lui que son appétit commercial. N'a-t-il aucun langage intérieur, aucune littérature à prôner ?

Comme des politiciens, il s’accroche au statut, mais n’a rien à dire, rien à apporter.

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ah ah


Si l’humour aide à vivre, le Québec est le pays le moins autonome du globe.

Ça monopolise notre cinéma, notre théâtre. À la télé publique, privée, thématique, communautaire, il y en a partout : galas, entrevues avec nos comiques, auditions de la relève, gags à caméra cachée.

Le rire est devenu l’opium de la classe moyenne, vautrée dans la paresse intellectuelle, apathique, castrée et fière de son impuissance. À défaut d’imaginer des remèdes, elle abdique, et se moque.

Oui, la politique, la religion, la guerre, tout se ramène aux variétés, formaté pour passer à l’antenne, en psychodrames aux revirements étudiés. Du burlesque.

Oui, la technologie nous présente l’actualité comme un jeu, avec ses icônes, ses couleurs vives, ses écrans tactiles.

Oui, tout est tellement récurrent, les sévices sexuels, les pots-de-vin, l’effondrement de viaducs, qu’on se désensibilise.

Ce n’est pas drôle pour autant. L’hilarité dilate la rate, mais abrutit, sédative.

Moralité : se bidonner un peu moins, et agir un peu plus.

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rien

De tous les animaux, l’homme a la perception la plus aigüe du vide. C'est lui, et non la nature, qui en a horreur.

En tout cas, il se démène pour ne pas y basculer. Il construit des forteresses, érige des murailles, des remparts, se barricade derrière des boucliers, rideaux de fer ou de fumée.

Après tout, qu’est-ce qui nous maintient en vie ? Nos réalisations, nos engagements, nos obligations.

Bref, nos chaînes.


La liberté nous rapproche de la mort.

Voyez comme les retraités s’en prémunissent, craignant le répit. Ils s’entêtent à planifier, organiser, gérer leurs passions, leurs hobbies, leur bénévolat, leur agenda.

Les enfants, eux, ignorent chaque matin de quoi leur journée sera faite, sans programme ni préméditation.

Jusqu’à ce qu’on leur inculque le sens des responsabilités.

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licorne

J’ai un jeune ami surnommé Candide. Ça lui va comme un gant. Un enfant de l’ordi, de la télé et du cinéma commercial américain. Disney, Spielberg et cie.

À 18 ans, il a compris qu’une pénétration anale ne se passe pas dans la vraie vie comme dans la porno, où elle est (comment dire ?) enjolivée, la préparation (dont les lavements) et le montage aidant.

Première collision avec la réalité.

Un deuxième survient quelques années plus tard. À force de fréquenter les piscines, les centres de yoga et les vestiaires, il est amené à conclure que le beau corps musclé, bronzé et sexy qu’on voit partout dans les revues constitue l’exception, puisque nous avons tous des physiques quelconques, assez pitoyables.

Enfin, un troisième, récemment. Il a découvert qu'il n'y a pas de paix à la campagne, jamais de silence, même la nuit (surtout pas la nuit), le vent, le clapotis, des grenouilles, chouettes, chauve-souris, des cris, chants, craquements. Prédation.

Combien y a-t-il d’autres Candide, certains de l’existence des dragons, des gnomes et du père Noël ?

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position


Je suis toujours surpris qu’un lecteur interroge un auteur sur sa technique. Premier jet rapide, télégraphique ou, au contraire, élaboré, très sophistiqué ? Plan préliminaire étoffé, ou improvisation ?

À la main ou sur l’ordi ? Debout ou couché ? Sur le dos ou le ventre ?

En s’intéressant à l’acte (plutôt qu’au dessein), que veut-on banaliser ?

Ce qui me surprend davantage, ce sont les réponses de nos grandes plumes. Qui ont des habitudes très strictes. Avec des horaires. « J’écris le matin, de 9 h jusqu’à midi. Chaque jour de semaine. »

Et la spontanéité là-dedans ?

Pourquoi s’encombrer de règles si on n’y est pas contraint ? De quel vertige veut-on se garder ?

Je le répète. On réclame tous la liberté. Mais, quand on l’a, qu’en fait-on ?

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