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Lady Gaga a plus d’amis Facebook que le président Obama. Dans notre civilisation numérique (le terme convient fort bien), la quantité objective, la statistique prime.

Tout est comptabilisé, jaugé. Capitalisé. Et cette mercantilisation contamine la sphère de la création, qui cherche (idiotement) sa pertinence dans la rentabilité.

À la radio, dans les talk-shows, on ne monte en épingle que le total. De représentations données, d’exemplaires et de billets envolés, de votes du public et des juges. On dresse des palmarès, top 5, 10, 100.

Même la télé spécialisée en art se compromet dans la nudité pour rehausser ses cotes d’écoute. Les chiffres, toujours.

Le divertissement n’est rien de plus qu’une industrie comme les autres : investissements, rendement, profits. Business.

Or, la validité d'une œuvre ne se mesure pas à des retombées économiques. Elle est plutôt le grain de sable dans l’engrenage. La tache noire sur la nappe blanche. La tique qui pique. Le dérangement.

Chambardement.

On dira que je tiens des propos de loser qui ne fait pas recette. Non, je ne fracasse pas des records de vente. J’essaie seulement d’être un écrivain. Et, politiquement, je m’en targue.

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La canicule ! Quel beau sujet de reportage à rabais !

On affecte un novice, ou mieux un stagiaire, ça revient encore moins cher.

On le charge de réaliser un vox-pop, qu’on agrémentera d’images on ne peut plus prévisibles : des enfants dans une barboteuse, un chien s'ébrouant au sortir d'une fontaine, un skater se vidant sur le crâne une bouteille d’eau, de jolies célibataires à une terrasse, et un vieillard que la chaleur accable.

Puis, en studio, on demande au météorologue maison de vulgariser le smog, l’humidex, le front.

Ça meuble 5 bonnes minutes du journal à peu de frais (sans jeu de mots). On appelle ça de l’information.

En Somalie, des familles meurent de faim.

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om

Chez un glacier artisanal. Pendant que la préposée sert le client qui les précède, elles caquètent.

Potinent sur leur chum, dont elles dénigrent l’attitude. Et sur des copines, dont elles ridiculisent le look, le but principal du discours féminin étant de supplanter des rivales.

Lorsque vient leur tour, elles gloussent, et se tortillent, au dépourvu. Qu'est-ce qui leur ferait plaisir ? Excitées, elles lisent à voix haute les étiquettes, double chocolat, vanille de Madagascar, pistache, leur index au vernis rutilant glissant sur le plexi des congélateurs.

Soupèsent. Yogourt ou lait de soya ? Smoothie ? « Vas-y, toi, tu as l’air de savoir ce que tu veux. » L’autre, de répliquer : « Hummm, j’hésite... »

Bon, après tergiversations, elles se branchent. Mais ça ne se termine pas là. Une ou deux boules ? De la même saveur ? Dans une coupe ? Cornet sucré ou ordinaire ?

Puis, c’est le bouquet, l’apothéose : le grand numéro du sac à main. La première fouille le sien, au prix de contorsions peu élégantes, pourquoi ne pose-t-elle pas son sorbet ? Déniche son portefeuille. En ouvre le petit compartiment qui contient la monnaie pour en extraire, pièce par pièce, et avec contentement, la somme exacte. Pour finir, léger rangement, rabat, et hop,  bandoulière.

À l’autre maintenant de s’exécuter. Il aurait été trop brillant de prendre de l’avance. Rebelote : portefeuille, compartiment, monnaie exacte…

Elles partent, avec des mimiques d’ingénues.

La préposée me remercie de ma zénitude.

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homophobie

Ils ont mon âge. Deux professionnels, aisés, à la retraite. Lui, sérieux. Elle, ricaneuse. Leur gars est gai.

« Est-ce qu’il pourra être heureux quand même ? » La question atterrit dans la discussion comme une boule de purée dans une assiette.

Les amants jaloux qui filent leur ex et finissent par l’abattre à l’orée d’un parking, les maris largués qui découpent leurs enfants, ceux qui débarquent avec une mitraillette dans un bureau du fisc, ou un centre commercial, sont aux femmes, à ce que je sache. Des êtres normaux…

L’hétérosexualité n’a rien d’un passeport pour le bonheur, ou l’équilibre.

Oui, leur rejeton va essayer quelques insultes, c’est notre lot à tous, parce qu’on est petit, grand, gros, mince, pâle, foncé, pas très original…

On ne choisit pas d’aimer les hommes. La seule alternative : le nier ou le célébrer.

Qu’est-ce qui empêche des parents d’y consentir avec leur fils ?

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cendrillon

Pour amadouer les mamans, un géant du burger s’acoquine avec notre plus vieux magazine féminin. Équivoque, non ?

On le recevait quand j’étais petit ; j’y retrouve les pubs d’autrefois, remixées : bouffe, beauté, entretien ménager. Grotesque, non ?

Le cirque monarchique, avec tout son décorum, cloue devant leur télé des millions de fillettes attardées, hystériques, qui mouillent leur string.

C’est ça, l’émancipation ? Rêver d’être une princesse, prise en charge ?

Le sexe faible, comme on le qualifiait, a acquis une égalité juridique. Les femmes peuvent désormais se montrer aussi stupides que les hommes.

Guère plus reluisant chez les gais. Après Stonewall, une nouvelle définition du couple, de l’amour, était concevable. Allons donc…

Tandis que nos frères arabes se font lapider, les puissantes associations LGBT nord-américaines luttent pour le droit au mariage et à la famille, summum du conformisme.

Le flower power a été récupéré par le système…

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bouhouhou

Éric-Emmanuel Schmitt. Enfant, une représentation de Cyrano lui a tiré des larmes, selon lui philanthropiques, puisque versés sur autrui.

Je n’y crois pas. Je ne parle pas de l’incident (après tout plausible), mais de son interprétation.

On ne pleure que sur soi, sur sa laideur, et ses impossibles amours. Qui n’a pas un gros nez ?

Comme disait Thibaudet, on ne compatit qu’aux misères que l’on partage.

À moins de l’apprendre pour en pratiquer le métier, on n'a pas d'empathie. On ne sait pas s'effacer.

Lorsqu’on se veut de bon conseil, on ne réussit qu’à projeter des solutions personnelles.

Il en va de même en littérature. Jusque dans la reconstitution historique, le policier ou la science-fiction, l’auteur ne retourne que son minuscule jardin.

Tout aussi nombriliste, le lecteur cherchera dans le livre son propre reflet, préférablement embelli. Magnifié. Et qui le fortifie.

Et c’est là que réside le malentendu… 

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générale


Le matin, tandis que j’arrose les plantes de mon balcon, il m’arrive, à la vue d’une formation de nuages, d’un vol d’oiseau, de murmurer : dieu que c’est beau !

En palpant un poivron, effleurant une feuille de sauge, de basilic, de m’exclamer : hostie que ça sent bon !

Le soir, il m’arrive de me dire que je n’ai rien fait de valable de la journée, sauf d’avoir nettoyé la rue aux abords de la maison.

Je fais l’apprentissage d’états, ravissement solitaire, inutilité, associés à la vieillesse.

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teuf-teuf

Classique. Chaque fois que tombe un héros (héraut) de la Révolution tranquille (politicien, réalisateur, musicien, plasticien), quelqu’un (admirateur, universitaire, compagnon), infailliblement, nous assène le même refrain éculé, que colporteront en chœur les médias : c’était le dernier des vrais.

Après lui, aucun autre (ministre, cinéaste, chansonnier, peintre) n’aura autant de génie, un charisme égal. Avoir 20 ans, je les enverrais chier, ces vieux débris nostalgiques.

Sur un plateau, un chroniqueur (de droite) et un dramaturge suranné. Avec gravité, pérorant, ils déplorent les lacunes de l’éducation. Nos enfants ne lisent pas L’homme rapaillé, L’avalée des avalés.

Qu’est-ce qu’ils en savent, ces deux-là ? Et où est le problème ?

La culture désigne le bagage nécessaire pour évoluer en société. Il varie d’un individu à l’autre. Forcément.

Je me réjouis de frayer avec des étudiants qui s’intéressent aux travaux de Mandelbrot. Ça change de Proust. Sans compter que c'est joli, les fractales.

J'aime qu'ils me transmettent des articles sur l’architecture verte, l’économie populaire, la médecine de rue, ou des clips insolites, saugrenus.

Je n’idéalise pas le passé, encore moins la génération à laquelle j’appartiens. On fumait jusque dans les trains, les bus et les avions, on laissait des déchets partout, y compris en orbite, on ne jurait que par le pétrole, et l’eau bénite. Carnivores, chauvins, xénophobes et névrosés.

Non, c'est sur les jeunes que je mise.

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babel

Un garçon de Sherbrooke, ayant placé sur la Toile une photo de lui tenant un 12 modifié, a été arrêté et conduit devant le tribunal pour possession d’arme prohibée.

Ce qu’on ne précise pas, c’est le nombre de jours, semaines, mois qui se sont écoulés avant que cette image ne choque un vaillant citoyen, qui a avisé les autorités.

Si je publiais un billet faisant part de mon intention de me suicider, combien de jours, semaines, mois s’écouleraient avant que quelqu’un ne bouge ?

Nous sommes des milliers (des millions ?) à tenir un blogue. De très bons amis ont le leur, que je ne lis pas, ou qu’épisodiquement. Je ne peux pas leur en vouloir de bouder le mien.

Nous sommes des millions (des milliards ?) à ériger notre cyberstatue dans une page perso.

Chacun y ressasse ses convictions, ses verdicts, de l’encens à la bitcherie, et je contribue à cette cacophonie, ce fatras qui, par sa portée et sa fonction, se compare à la téléréalité.

Quart d’heure de gloire que Warhol prophétisait.

Il y a sur le web, comme dans les échanges de mères, les compétitions de drague, de survie, ou de danse, une soif immense de notoriété. Une formidable aspiration à être.

Comme si l’anonymat, l’invisibilité était plus redoutable que la mort elle-même.

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